Colin Kovacs : « Mon projet résoudrait le problème des cadenas du Pont des Arts »

L'architecte anglais Colin Kovacs a élaboré un projet de réhabilitation aussi astucieux qu'esthétique pour le Pont des Arts. © ColinKovacs
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En guerre contre les « cadenas d’amour », la Mairie de Paris troquera, cet automne, les balustrades du Pont des Arts contre des panneaux en plexiglas. Colin Kovacs, un architecte anglais, propose toutefois une alternative astucieuse. Rencontre.

SeLoger. En quoi consiste votre projet concernant le Pont des Arts et ses balustrades ?

Colin Kovacs. Mon idée est la suivante : remplacer les anciennes grilles du Pont des Arts – dont l’une d’entre elles est récemment tombée sous le poids des cadenas qui y étaient attachés – par des balustrades équipées de barreaux verticaux présentant la particularité de ne pas relier complètement le bas de l’ouvrage au haut (un peu à l’image des stalagmites et des stalactites, dans les grottes, Ndlr). Il serait alors parfaitement possible de retirer régulièrement les « cadenas d’amour » que les touristes auront accrochés aux balustrades. Tous les cadenas ainsi récoltés pourraient alors être recyclés. Par exemple, on pourrait parfaitement imaginer de les refondre afin d’en faire des statues. Ou encore de les revendre pour financer l’entretien du pont.

© ColinKovacs

Quels sont les avantages de votre projet par rapport à celui qui a été retenu ?

C.K. Tout d’abord, avec le temps, le plexiglas, dont seront constitués les panneaux pour lesquels la mairie de Paris a opté, risque de mal vieillir et notamment de s’opacifier. De plus, en empêchant les tourtereaux de poser des cadenas d’amour, on risque de les frustrer. Pour immortaliser leur amour, ils auront alors probablement recours à d’autres astuces. Comme graver leurs initiales dans le plexiglas ou les écrire dessus. Après les vendeurs de cadenas, on pourrait alors voir apparaître des vendeurs de feutres indélébiles sur le Pont des Arts…

Les « cadenas d’amour » : un problème de « poids »

  • 1 000 000 : c’est le nombre de verrous accrochés aux onze ponts que compte Paris (sans oublier la tour Eiffel !). 
  • 45 : c’est le poids total (en tonnes !) des tous ces cadenas.
  • 50 : c'est le montant de l'amende (en euros) encourue si l'on pose un cadenas sur le ponte Milvio, à Rome.

Comment cette idée vous est-elle venue ?

C.K. Cela fait maintenant trois ans que j’habite à Paris. Parce que j’emprunte tous les jours le Pont des Arts, j’ai pu prendre la mesure du véritable phénomène de société que constituent les « cadenas d’amour ». Les touristes adorent les accrocher aux grilles du pont. Mais pour des raisons évidentes de sécurité, quelque chose devait être fait. Tout en solutionnant le « problème » des cadenas, mon projet apporterait une touche de modernité au Pont des Arts mais ne le dénaturerait en rien. Bien au contraire, les espaces créés par la disposition particulière des barreaux permettent d’y entrevoir une croix. Ce qui est le motif historique du Pont des Arts.

© ColinKovacs

Qu’en dit la Mairie de Paris ?

C.K. Je vais les rencontrer prochainement. Mais pour ce qui concerne le Pont des Arts, il semble peu probable que le projet de panneaux en plexiglas, dont l’installation est prévue pour cet automne, soit remis en question. Mais en fonction des retours qu’aura la Mairie de Paris, il n’est pas exclu que l’on fasse appel à moi pour d’autres ponts, comme le Pont de l’Archevêché ou encore la passerelle Simone de Beauvoir…

Merci à Architectes-Paris, sans qui, cet entretien n'aurait pas eu lieu.

Et ailleurs comment ça se passe ?

  • À Rome, il est désormais interdit d’attacher un cadenas à quelque monument que ce soit pour symboliser son amour.
  • En Russie, la mairie de Moscou a fait installer des structures métalliques en forme de branches d’arbres afin de soulager le pont Luzhkov d’une partie du poids des verrous dont les touristes garnissent les balustrades.

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