Marie-Anne Colarossi : « Londres n’est pas Paris »

Marie-Anne Colarossi : « Londres n’est pas Paris »

Marie-Anne Colarossi, directrice  de 10 agences immobilières dans l’Ouest parisien et d’une agence à Londres, ne mâche pas ses mots. Pour SeLoger, elle compare, sans langue de bois, le marché parisien avec celui des quartiers résidentiels de Londres.

Seloger. Quelle différence entre le marché immobilier parisien et celui de Londres ?

Marie-Anne Colarossi. Un monde ! Le marché immobilier à Paris est composé à 92 % d’acheteurs franco-français, les acheteurs étrangers représentent environ 8 %, ce chiffre est constant à l’exception de 2009/2010 période durant laquelle les étrangers ne représentaient plus que 6 %.  A Londres, 60 % des acquéreurs sont étrangers. Personne ne le dit mais la part des étrangers qui investissent est extrêmement réduite.

Pourquoi une telle différence ?

C’est très simple… Tous les habitants des pays du Moyen Orient, d’Asie, entre autres, parlent anglais. Londres, c’est 15 fois la superficie de Paris avec une multitude de communautés de personnes venues du monde entier qui parlent la même langue. C’est pourquoi, les plus grandes fortunes posent leurs valises dans cette ville. Les prix atteignent des sommets et les biens les plus luxueux trouvent preneur.

A Paris, 80 % des transactions se font avec des personnes qui habitent le même quartier »

On voit même des parisiens se limiter à quelques rues.

Qui achète à Paris ?

Essentiellement des parisiens. 80 % des transactions se font avec des personnes qui habitent le même quartier. Le marché connaît une nouvelle donne avec le déséquilibre engendré par le papy boom. N'ayant plus d’enfant à charge, ils revendent leur appartement pour acheter des plus petites surfaces. Ces papy boomers se trouvent en compétition avec les familles qui cherchent à  s’agrandir d’où la forte demande d’appartements de taille médiane.

Quel type d’appartement a la cote ?

La tendance, aujourd’hui, est aux surfaces de 80 à 100 m2. Les appartements haussmanniens ont les faveurs des acheteurs. Il ne faut pas oublier que Paris est une capitale très haute, les immeubles font 5 étages, plus un étage pour les chambres de service. Les gens recherchent des habitations claires, les 4e et 5e étages sont privilégiés. C’est encore une différence avec Londres où les immeubles ne dépassent pas trois étages dans des quartiers résidentiels entourés de parcs.

Les prix à Paris sont décorrélés des revenus et les primo-accédants n’ont plus les moyens d’acheter »

Un réajustement des prix est nécessaire pour booster le marché.

Où en est le marché aujourd’hui ?

Depuis le troisième trimestre, nous vivons un véritable coup d’arrêt. Les biens sont de plus en plus difficiles à vendre. La raison est simple : les prix sont beaucoup trop hauts. Je pense que le mal est plus profond qu’en 2009. Cette année-là, le coup a été très brutal mais cela n’a pas duré.  Depuis 1998, les prix parisiens ont fortement augmenté pour, à mon avis, les  4 raisons suivantes :

  • forte baisse des taux d’intérêt des prêts immobiliers qui sont passés de 9 % en 1991 à 5 % en 1998.
  • généralisation pour les cadres supérieurs du principe des stocks options.
  • ébullition du milieu de la finance dopée par la distribution de bonus très conséquents, il n’était pas rare de voir des trentenaires acheter des biens à plus d’un million d’Euros.
  • et enfin les diverses mesures fiscales dont les donations qui ont permis à certains primo-accédants de se loger dans la capitale.

Il faudrait, un nouveau coup de pouce pour relancer durablement le marché. 

Est-il toujours intéressant d’investir à Paris ?

Dans la mesure où les prix parisiens étaient en constante augmentation, les propriétaires s’y « retrouvaient ». Aujourd’hui tel n’est plus le cas, les nouvelles mesures de la loi ALUR dont l’encadrement des loyers viennent grever la rentabilité. Sans revalorisation du capital l’intérêt locatif devient médiocre.

La rentabilité locative n’a jamais été l’atout majeur de Paris »

Et aujourd'hui avec les prix qui stagent, ce n'est plus du tout interrésant.

Et à Londres ?

Londres est organisé complètement différemment. Des particuliers et des professionnels appelés « developers » achètent, rénovent, louent et revendent des biens. Ce qui a pour effet de fluidifier et  de proposer de l’habitat de qualité tant à la location qu’à la vente.

Pourquoi avez-vous ouvert une agence immobilière à Londres ?

Dans son axe de développement Breteuil a choisi de s’installer à Londres qui compte plus de 450 000 Français. Breteuil implanté au cœur du quartier de Chelsea Kensington est d’ailleurs l’unique agence parisienne à avoir pignon sur rue. L’accueil de la communauté française pour cette nouvelle structure a été au-delà de nos espérances.

Revenons à la loi ALUR, concrètement qu’est-ce qu’elle a apporté ?  

Un bon mois de délai supplémentaire sur les transactions ! Dans ce laps de temps, les acquéreurs se sont posés des tas de questions. Du coup, des ventes ont été abandonnées.  Vous comprenez aisément que cette loi n’apporte pas les solutions pour aider le marché.

Vous êtes aussi spécialisée dans la vente de maisons à Paris, ce marché est-il différent de la vente d’appartements ?

Oui, il est radicalement différent. Les personnes qui achètent une maison ne ciblent pas un quartier en particulier. Ils recherchent  sur tous les arrondissements de Paris. Nous  avons recensé grâce à un travail de fourmi, toutes les maisons parisiennes et avons découvert qu’il en existe  5 000. 

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Nous accompagnons les familles depuis 1998, nous sommes à l’écoute de notre clientèle, nous traversons avec eux cette période de crise et n’hésitons pas à proposer nos services en diminuant le coût de nos prestations.

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