Grâce à vos dons, le projet « habitat partagé et autisme » a été financé à 100% ! Merci...

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L’association Autisme Aveyron, soutenue par Solhia et SeLoger, a monté un projet pour accueillir de jeunes adultes atteints d’autisme. Rencontre avec Joël Malbert, le président de l’association.

En quoi consiste le projet « Habitat Autisme » ?

Joël Malbert : A travers le projet « Habitat partagé et Autisme », nous allons mettre en place une structure qui sera composée de 7 logements indépendants, et qui accueillera des jeunes adultes atteints d’autisme, le tout pour un loyer modéré afin de permettre au plus grand nombre d’y avoir accès. Ils seront encadrés par des éducateurs qui seront là pour améliorer la socialisation, mettre en place des ateliers, faire des activités avec eux et sécuriser l’environnement. Cette structure aura pour but d’aider ces adultes autistes à progresser, notamment pour atteindre une meilleure autonomie ainsi qu’une meilleure socialisation.

Comment et d’après quel constat est née votre ambition ?

A la base, nous sommes une association de parents d’enfants autistes, et nous nous sommes aperçus très tôt que les structures existantes ne suffiraient pas pour les accueillir et les faire progresser. En 2010, nous nous sommes donc réunis entre familles pour essayer de bâtir un projet concret à même de garantir l’avenir de nos enfants. Nous partions de rien et nous devions trouver un projet qui nous permette d’être crédibles dans le milieu de l’autisme. Nous avons donc créé en 2011 un service d’aide à la personne spécialisé dans la prise en charge de l’autisme. Ce service compte aujourd’hui 7 salariés et nous intervenons dans tout le département. Ensuite, en 2012, nous avons souhaité mettre en œuvre le projet d’habitat.

Dans cette structure, les jeunes seront encadrés par des éducateurs qui seront là pour améliorer la socialisation, mettre en place des ateliers, faire des activités avec eux et sécuriser l’environnement ».

Joël Malbert, président de l'association Autisme Aveyron.

Pourquoi n’êtes-vous pas passé par les voies classiques, comme la mise en place d’un SESSAD (Service d’éducation spéciale et de soins à domicile) ?

Nos initiatives sont totalement privées car nous avons dû, dès le départ, être pragmatiques et nous écarter des structures et des méthodes classiques pour faire avancer ce projet le plus rapidement possible, à moindre coût, et éviter tous les obstacles habituels. D’ailleurs, nous nous définissons plutôt comme un acteur de l’économie sociale et solidaire : nous avons monté un modèle économique mais de façon totalement désintéressée pour fournir des services à nos enfants. Les seuls salaires qui sont versés sont ceux de nos éducateurs, et notre structure fonctionne et est gérée avec la même rigueur qu’une entreprise. Nous n’avons d’ailleurs aucune subvention de fonctionnement.

Pourquoi avoir choisi l’Aveyron pour la mise en place de cette structure ?

Parce que nous sommes une association locale, nous nous sommes fédérés autour de parents issus de ce département, à Rodez plus précisément, et nous avions tous cette problématique-là. Sans compter qu’il y a 1 500 personnes adultes atteintes d’autisme en Aveyron et que les initiatives et les financements sont insuffisants. Nous avons donc souhaité créer notre propre solution locale.

Habitat Autisme
Le projet Habitat Autisme sera une structure unique en son genre lors de son ouverture à la rentrée 2018. © SOLHIA

Le choix de la ville de Rodez n’a pas non plus été choisie au hasard ?

Nous pensions que la ville était le meilleur environnement possible pour aider ces jeunes à s’intégrer au maximum. Toutes les personnes handicapées peuvent apporter quelque chose, il était inconcevable que ces jeunes se retrouvent isolés, qu’on les oublie ou qu’on les cache. Nous avons donc souhaité que la structure se trouve au cœur de la cité, car ils sont des citoyens comme les autres et que nous souhaitons qu’ils aient accès à des activités classiques, au sport, à la culture, à tous les équipements. Et pour les rendre autonomes, nous devons leur apprendre des choses telles que prendre le bus, se repérer dans l’espace et dans le temps, et ce travail doit se faire dans un lieu de vie absolument normal.

L’accueil des jeunes adultes autistes dans cette structure sera-t-il un tremplin ou seront-ils voués à y rester pour une longue durée ?

Rien n’est intangible mais le but c’est que ce soit un tremplin pour le maximum de personnes qui en ont la capacité. En revanche, nous sommes bien conscients que certains n’auront peut-être jamais l’opportunité de vivre seuls en toute autonomie. Dans un premier temps, nous souhaitons accueillir des personnes qui sont proches de l’autonomie ou qui pourraient le devenir. Cette structure reste une structure légère, il ne s’agit pas d’une institution. Nous avons donc pour mission principale de les rendre les plus autonomes possibles pour leur permettre un jour d’intégrer un habitat ordinaire avec naturellement, si besoin, le soutien ponctuel de notre service d’aide à la personne. 

Bon à savoir

Selon les données de l'INSERM, 8000 enfants autistes naissent chaque année en France, ce qui représente 1 personne sur 150.

Votre concept aura certainement du succès, sur quelles bases allez-vous choisir les personnes qui pourront l’intégrer ?

Nous souhaitons idéalement accueillir des jeunes adultes autistes proches de l’autonomie et/ou du milieu du travail mais qui ont besoin d’une structure sécurisée et sécurisante afin de les aider dans leur parcours et leurs projets. Il ne s’agit pas d’une structure qui tournera en vase clos, elle devra être tournée vers l’extérieur. Il y aura donc des personnes qui ne peuvent pas intégrer un emploi, et d’autres qui le peuvent, mais tous ont des capacités qui ne demandent qu’à être exprimées et développées. Par exemple, pour ceux qui ne peuvent pas encore intégrer un emploi, nous avons prévu des ateliers de découverte ou même de préprofessionnalisation, notamment autour de l’univers de la cuisine.

La cuisine occupera donc une place centrale dans la structure ?

Oui, car elle sera commune à tous les locataires, et elle leur permettra notamment de valoriser leur travail et leurs compétences. Ce sera un véritable lieu de vie, car même si chaque jeune occupe son propre appartement complet de type T1, il ne s’agit pas que chacun y reste et que personne ne se retrouve. Ils auront donc leur intimité, ils pourront recevoir leur famille en toute autonomie, mais ils devront se retrouver pour partager des activités, échanger, et les éducateurs seront là pour les stimuler, les aider à se dépasser, et les accompagner dans leurs projets de vie.

La cuisine sera un véritable lieu de vie où les jeunes autistes pourront valoriser leur travail, se retrouver, échanger ».

Joël Malbert, président de l'association Autisme Aveyron.

L’ouverture vers l’extérieur sera également un enjeu ?

Absolument. Et pour commencer, l’habitat sera un lieu de passage. Les plus autonomes vaqueront à leurs occupations, iront en cours ou au travail, et les autres seront accompagnés par les éducateurs pour les aider à devenir encore plus autonomes. Ils se retrouveront autour des repas et des activités communes, qui seront mises en place pour les stimuler et favoriser leur développement personnel. Mais ce que nous pensons également, c’est que pendant très longtemps nous avons voulu, à juste titre, intégrer les personnes handicapées dans la société ordinaire, et nous aimerions maintenant intégrer les personnes neurotypiques au sein des personnes handicapées qui ont tant de choses à apporter. D’ailleurs, nous aimerions prouver qu’un habitat pour des personnes handicapées est également un lieu de vie pour le reste de la communauté. Et si nous lançons un atelier d’art graphique, par exemple, cette activité sera tournée vers l’extérieur et pourra accueillir d’autres personnes afin de favoriser les rencontres et démystifier le handicap.

Joel Mabert président de de l'association Autisme Aveyron
Joël Malbert
Joël Malbert est le président de l'association Autisme Aveyron, une association qu'il a fondée avec son épouse ainsi que d'autres familles aveyronnaises ayant chacune un enfant atteint d'autisme.