Toussaint : 7 cimetières français qui valent le détour pour leur architecture et leur histoire

Paul Anthonioz
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Un crâne envolé, un funiculaire pour les défunts, la Méditerranée pour horizon… Certains cimetières français sont de véritables musées à ciel ouvert. À l’approche de la Toussaint, voici 7 nécropoles dont l’architecture et l’histoire valent le détour.

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Les 7 plus beaux cimetières de France à découvrir pour la Toussaint.
Les 7 plus beaux cimetières de France à découvrir pour la Toussaint. © Getty Images
Sommaire
Les cimetières comme lieux d'histoire et de patrimoine
  • L'article présente sept cimetières français remarquables, choisis pour leur histoire, leurs paysages et leurs personnalités inhumées.
  • Le Père-Lachaise, ouvert en 1804, est devenu un immense lieu de mémoire avec Molière, Chopin et Jim Morrison.
  • Loyasse, la Chartreuse et le Château illustrent des cimetières urbains prestigieux, marqués par la bourgeoisie, Goya et le panorama niçois.
  • Les cimetières marins de Sète et Varengeville associent poésie, mer et grands artistes comme Paul Valéry et Georges Braque.
  • Miséricorde, à Nantes, mêle monuments familiaux et art contemporain, avec l'œuvre Miroirs des temps.

Le Père-Lachaise (Paris)

Officiellement baptisé « cimetière de l’Est », il ouvre en 1804 sur l’ancien domaine du père François d’Aix de La Chaise, confesseur de Louis XIV. Les plans sont confiés à l’architecte Alexandre-Théodore Brongniart, futur auteur du palais de la Bourse, qui imagine un jardin à l’anglaise plutôt qu’un alignement de tombes.

Les débuts sont laborieux : les Parisiens boudent ce cimetière jugé trop excentré, qui ne compte que 13 sépultures la première année. Pour le rendre attractif, la Ville y fait transférer les restes de Molière et de La Fontaine. Le succès est tel qu’il est agrandi à plusieurs reprises jusqu’en 1850, pour atteindre 44 hectares. On y croise aujourd’hui Chopin, Jim Morrison, le mur des Fédérés, où furent fusillés des communards en 1871, et quelques tombes étonnantes, comme le dolmen d’Allan Kardec, père du spiritisme.

Le cimetière de Loyasse (Lyon)

Perché sur la colline de Fourvière, il ouvre en 1807 et devient le premier des cimetières « modernes » de la ville. Son exposition lui vaut d’abord le surnom de « cimetière des Quatre-Vents ». Ses plans, signés Joseph Gay, architecte adjoint de la Ville, ordonnent les tombes autour d’un rond-point central.

Très vite, Loyasse devient le cimetière de la bourgeoisie lyonnaise, alors que celui de la Guillotière, sur l’autre rive du Rhône, accueille plutôt les classes populaires. Au XIXe siècle, les grandes familles y rivalisent de chapelles et de monuments, qu’elles confient aux meilleurs sculpteurs de la ville. Détail insolite : au début du XXe siècle, un funiculaire hissait les convois funéraires jusqu’aux portes du cimetière.

Le cimetière de la Chartreuse (Bordeaux)

C’est le plus ancien cimetière de Bordeaux. Il a été créé en 1791 dans l’enclos d’un ancien couvent de chartreux, confisqué. Ses allées alignent chapelles, sarcophages et monuments néoclassiques. Le plus spectaculaire, le mausolée Catherineau, est surmonté d’une statue de la Mort drapée d’un linceul, faux à la main.

Le lieu doit surtout sa célébrité au peintre espagnol Francisco de Goya, mort en exil à Bordeaux en 1828. Lorsqu’un consul d’Espagne obtient l’autorisation de l’exhumer en 1888 pour le rapatrier, la surprise est de taille : le squelette n’a plus de tête. Le crâne n’a jamais été retrouvé. Signe que le cimetière vit toujours, un columbarium et un jardin du souvenir y ont été inaugurés fin 2023.

Le cimetière marin (Sète)

Accroché aux pentes du mont Saint-Clair, il domine le port et la mer. Il s’appelait autrefois cimetière Saint-Charles. Il doit son nom actuel au plus célèbre poème de Paul Valéry, Le Cimetière marin, publié en 1920 et inspiré par ce lieu de son enfance. On lui doit notamment le vers : « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! »

Né à Sète en 1871, l’écrivain y repose depuis 1945 dans le caveau familial. Autre enfant du pays, Georges Brassens lui a adressé un clin d’œil dans sa chanson Supplique pour être enterré à la plage de Sète, où il réclame une dernière demeure encore plus proche des vagues. Le chanteur repose finalement au cimetière Le Py, de l’autre côté de la ville.

Le cimetière du Château (Nice)

Il s’étend sur l’emplacement de l’ancienne citadelle de Nice, détruite en 1706 sur ordre de Louis XIV. À l’époque de sa création, en 1783, Nice n’est pas encore française. Elle appartient au royaume de Sardaigne, dont le roi Victor-Amédée III interdit, pour des raisons d’hygiène, les inhumations dans les églises. Quelque 2 800 tombes se partagent aujourd’hui 1,4 hectare et l’un des plus beaux panoramas de la ville. 

À l’entrée, une sculpture pyramidale rend hommage aux quelque 200 victimes de l’incendie de l’Opéra de Nice, en 1881. Parmi les personnalités inhumées : Gaston Leroux, l’auteur du Fantôme de l’Opéra, la mère de Giuseppe Garibaldi ou encore Emil Jellinek, homme d’affaires dont la fille, Mercedes, a donné son prénom à une célèbre marque automobile.

Le cimetière marin (Varengeville-sur-Mer)

À une dizaine de kilomètres de Dieppe, sur la côte d’Albâtre, ce petit cimetière entoure l’église Saint-Valery, bâtie à partir du XIIe siècle au sommet de la falaise. Claude Monet a plusieurs fois peint cette silhouette posée entre ciel et mer. Il doit son nom à son emplacement, suspendu au-dessus de la Manche.

Il accueille plusieurs artistes. Georges Braque y repose sous une stèle ornée d’un oiseau, motif récurrent de son œuvre. Le peintre a également conçu un vitrail de l’église, l’Arbre de Jessé. Le compositeur Albert Roussel est lui aussi enterré ici. Le lieu, magnifique, est aussi fragile : la falaise recule de près d’un mètre par an sous l’effet de l’érosion.

Le cimetière Miséricorde (Nantes)

Ouvert en 1793, ce cimetière de 9 hectares est le plus vaste de la ville avec ses plus de 16 000 sépultures. Les grandes familles nantaises y ont fait édifier leurs monuments, et l’on y trouve notamment la tombe du général Pierre Cambronne, figure de la bataille de Waterloo.

Depuis 2022, Miséricorde abrite aussi une œuvre d’art contemporain, une première dans un cimetière public. Dans la partie la plus ancienne, gagnée par la végétation, l’artiste Pascal Convert a installé Miroirs des temps : des dalles de verre où apparaissent cerfs, biches et chevreuils, comme des gardiens silencieux.

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