Chaque année, le passage à l’heure d’été puis à l’heure d’hiver revient comme un rituel. Conçu pour économiser de l’énergie en adaptant nos horaires de vie à la lumière naturelle, ce dispositif est-il encore efficace alors que les usages évoluent, les équipements se multiplient et les préoccupations environnementales s’intensifient ? Entre idées reçues et réalité, voici ce qu’il faut comprendre.
Le changement d’heure : une mesure historiquement liée à l’éclairage
Le changement d’heure a été instauré en France en 1975 à la suite du choc pétrolier de 1973-1974, dans un contexte de crise énergétique. L’objectif était simple : profiter davantage de la lumière du jour pour limiter l’usage de l’éclairage artificiel en soirée.
À l’époque, l’éclairage représentait une part importante de la consommation électrique des ménages. Avancer l’heure au printemps permettait donc de décaler les activités en soirée, réduisant ainsi le recours aux ampoules.
Pendant plusieurs décennies, cette logique a effectivement permis de réaliser des économies d’énergie, même si elles étaient modestes à l’échelle nationale.
Des économies d’énergie très limitées
Aujourd’hui, la situation a fortement évolué. L’éclairage domestique est devenu beaucoup moins énergivore, notamment grâce à la généralisation des ampoules LED. Résultat : le gain lié au changement d’heure est nettement réduit, si l'on s'en tient à l'éclairage.
Une étude de l’Ademe de 2010 concluait que les économies d’électricité réalisées grâce au changement d’heure existent, mais leur impact global sur la consommation énergétique d’un foyer est modeste, voire presque imperceptible sur la facture. À titre d’exemple, l’Ademe a estimé à 450 GWh les économies en matière d’éclairage en 2009, 351 GWh en 2018, et pour 2030, cet impact est estimé à 258 GWh. De la même manière, en 2017, une étude du Parlement européen évoquait un « effet marginal en matière d’économie d’énergie », de l’ordre de 0,34 % de la consommation totale d’énergie, avec un écart de 0,5 à 2,5 % selon les pays de l’UE.
En parallèle, d’autres postes de consommation ont pris une place bien plus importante, comme le chauffage, la climatisation ou les appareils électroniques.
En 2009, le changement d’heure a permis d’économiser 0,07 % de la consommation électrique totale.
Source : Ademe
Un effet parfois contre-productif sur le chauffage et la climatisation
Si le changement d’heure permet encore de réduire légèrement l’usage de l’éclairage, il peut en revanche avoir des effets indirects moins favorables.
En hiver, les matinées plus sombres peuvent inciter à allumer davantage le chauffage ou les lumières plus tôt dans la journée. À l’inverse, en été, des soirées plus longues peuvent entraîner une hausse de l’utilisation de la climatisation ou des ventilateurs.
Ces ajustements de comportement viennent parfois annuler, voire dépasser les économies réalisées sur l’éclairage. Le bilan énergétique global devient alors plus complexe à évaluer.
Des habitudes de vie qui ont changé
Le changement d’heure a été pensé pour une société où les rythmes de vie étaient plus homogènes. Aujourd’hui, les modes de vie sont beaucoup plus variés.
Télétravail, horaires décalés, multiplication des écrans, heure de coucher plus tardive… Les habitudes de consommation d’énergie ne dépendent plus uniquement de la lumière naturelle. Les équipements électroniques fonctionnent toute la journée, indépendamment de l’heure ou de la saison.
Par exemple, ordinateurs, télévisions ou box internet consomment en continu, ce qui réduit mécaniquement l’impact du changement d’heure sur la facture globale.
Le changement d’heure : un débat toujours d’actualité
Face à ces constats, la pertinence du changement d’heure est régulièrement remise en question. Plusieurs pays hors UE ont déjà abandonné ce système, comme l’Islande, le Groenland, l’Égypte ou la Turquie.
Au niveau européen, des discussions ont été engagées pour envisager sa suppression. Une consultation menée par l’UE en 2018 avait mis à jour que 84 % des Européens sont favorables à la suppression du changement d’heure. Face à cela, une directive européenne prévoyant que les États membres pourraient choisir d’effectuer leur dernier changement d’heure au printemps ou à l’automne 2019 avait été proposée. La mesure avait été adoptée par le Parlement européen pour une mise en place en 2021 seulement. Or, le dossier est bloqué au Conseil de l’UE depuis 2019 et aucun échange sur le sujet n’a été remis à l’ordre du jour.
En France, une consultation lancée par l’Assemblée nationale en 2019 concluait que l’arrêt du changement d’heure était plébiscité par 83,7 % des Français et le choix de rester à l’heure d’été remportait l’adhésion de 59,17 % des sondés.
Au-delà de l’aspect énergétique, les arguments contre le changement d’heure portent aussi sur la santé et le bien-être. Le décalage horaire, même d’une heure, peut perturber le sommeil et le rythme biologique, notamment chez les enfants et les personnes âgées.
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