Interdictions de louer, audits obligatoires, décotes à la revente… À mesure que les contraintes s’accumulent, la fraude au DPE s’envole. En quatre ans, les diagnostics « arrangés » ont bondi de 65 %, selon une étude.
La fraude au DPE change d’échelle
La fraude au diagnostic de performance énergétique (DPE) continue à gagner du terrain. Selon une étude publiée par la start-up KRNO, la part de « diagnostics de complaisance » a bondi de 65 % en quatre ans.
En 2021, les « arrangements » entre diagnostiqueurs et propriétaires visant à rehausser artificiellement la note d’un logement concernaient 2,6 % des DPE. Ils toucheraient aujourd’hui 4,3 % des diagnostics, selon KRNO.
Pour parvenir à ce constat, la jeune pousse, spécialisée dans la détection des diagnostics frauduleux, a analysé les 6,6 millions de DPE enregistrés dans la base de données de l’Ademe entre 2021 et 2025.
Ces seuils où la fraude se concentre
Résultat ? L’entreprise a remarqué des « pics » anormaux de logements juste au-dessus des seuils de changement de classe énergétique, signe que certains biens ont été surclassés volontairement.

Certaines catégories sont plus touchées que d’autres. Selon l’étude, 10,9 % des biens classés F seraient en réalité des G, 16,1 % des biens classés E des F, et près de 8 % des biens classés D des E. Des écarts sans « justification physique dans le bâti français », d’après les auteurs.
L’explication ? Plus un changement de lettre entraîne des conséquences lourdes – interdiction de louer, audit énergétique obligatoire ou décote à la revente –, plus la tentation de « gagner une classe » augmente.
Une mauvaise note peut en effet coûter (très) cher aux propriétaires. Selon le Conseil supérieur du notariat, une maison classée G s’est vendue en moyenne 25 % moins cher qu’un bien classé D en 2024. Pour une maison classée F, la décote atteignait 18 %.
Plus pénalisant encore, depuis le 1er janvier 2025, les logements étiquetés G sont considérés comme « non décents » et, à ce titre, interdits à la location. Les biens classés F le seront à leur tour en 2028, avant les logements E, en 2034.
Pour tenter d’enrayer les dérives, le gouvernement a déjà renforcé les contrôles sur les diagnostiqueurs, limité le nombre de DPE réalisables à 1 000 par an et accru la fréquence des audits des organismes de certification. Mais ces garde-fous ne sont pas toujours suffisants.
Comment trouver un diagnostiqueur fiable ?
Premier critère : la transparence. « Un professionnel fiable dispose d’un site internet clair, avec des mentions légales visibles, et idéalement ses attestations de certification et d’assurance », explique Sarah Aknine, gérante de Termit’aulogis.
Autre étape incontournable : vérifier que le prestataire figure bien sur l’annuaire officiel des diagnostiqueurs certifiés. « Beaucoup l’ignorent, mais la recherche sur cet annuaire ne fonctionne qu’avec le nom de famille », précise la professionnelle.
Avant toute intervention, mieux vaut aussi exiger un devis écrit. Celui-ci doit détailler la prestation, mentionner les conditions générales de vente et d’intervention, et indiquer les coordonnées d’un organisme de médiation.
« Une grande partie de notre travail commence avant l’intervention, avec l’analyse de documents essentiels comme l’acte de propriété, la date du permis de construire ou l’historique des diagnostics », détaille Sarah Aknine.
Le devis doit également préciser d’éventuels frais supplémentaires, par exemple en cas d’analyse amiante. « Un tarif donné uniquement par téléphone, sans document écrit, doit alerter », souligne la gérante de Termit’aulogis.
Vous pouvez aussi demander une copie de l’attestation d’assurance et du certificat de compétence du diagnostiqueur. En cas de doute, contactez directement l’assureur pour vérifier que le technicien est bien couvert.
Enfin, le déroulement de l’intervention est souvent révélateur. Si le diagnostic est expédié en quelques minutes, sans ouverture du tableau électrique, sans passage dans les combles ou sans prise de mesures, c’est rarement bon signe.
« Un technicien qui reste assis sur un coin de table à poser des questions, sans utiliser de matériel adapté (analyseur plomb, appareils de contrôle électrique…) ne fait pas son travail correctement », tranche Sarah Aknine.
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