Quand le patrimoine immobilier devient un levier pour financer les années retraite
Sous l'effet conjugué du vieillissement de la population, de l'allongement de la retraite et des tensions économiques, la pierre reste plus que jamais une valeur refuge. Cependant, elle tend aussi à devenir une réserve de valeur, que les propriétaires n'hésitent plus à mobiliser lorsque le besoin s'en fait sentir. C'est le constat dressé par un récent baromètre d'OpinionWay pour Merci Prosper, qui met en lumière l'évolution du rapport des seniors à leur logement. De quoi balayer bien des idées reçues sur les retraités propriétaires et leur prétendue aisance financière… Décryptage.
Les propriétaires seniors ne sont pas tous des retraités aisés
Inflation, coût croissant du maintien à domicile, réforme des retraites, pouvoir d'achat qui s'érode... Si dans l’imaginaire collectif, être propriétaire de son logement rime avec sécurité financière, les temps ont radicalement changé.
C’est en tout cas ce que révèle la première édition du Baromètre Senior, Patrimoine et Transmission, réalisé par OpinionWay pour Merci Prosper. Avec 47 % des propriétaires de plus de 60 ans qui se disent aujourd'hui sous pression financière, la réalité semble en effet plus nuancée.
Pour certains, cela se traduit par des arbitrages permanents : reporter des travaux, limiter les sorties et les vacances, renoncer à certains achats… Pour d’autres, il aura fallu se résoudre à puiser dans une épargne, voire à solliciter l’aide d’un proche, pour arriver à joindre les deux bouts.
La propriété n’est plus un rempart contre les fins de mois difficiles
Aux antipodes des clichés sur les seniors propriétaires, posséder une maison – même déjà remboursée – n'empêche pas de rencontrer des difficultés pour financer des travaux, des dépenses de santé ou simplement vivre dignement.
Parmi les profils les plus exposés aux pressions financières et aux aléas de la vie figurent les femmes, les personnes vivant seules, les ménages aux revenus les plus modestes ou encore les habitants des territoires ruraux qui rencontrent, pour la plupart, des difficultés à boucler leurs fins de mois.
Quant aux jeunes retraités âgés de 60 à 64 ans, ils apparaissent eux aussi comme particulièrement exposés, tributaires d’une période charnière, où les revenus ont tendance à baisser plus vite que les dépenses.
En creux, le baromètre rappelle une réalité dont on parle peu : posséder un bien immobilier et disposer d'un compte bancaire bien garni sont aujourd'hui deux réalités bien distinctes. Par ailleurs, les propriétaires qui peinent à faire face à leurs dépenses courantes sont de plus en plus nombreux.
Puiser dans la valeur de son logement : la fin d’un tabou
Hier encore, entamer son patrimoine immobilier pour financer ses vieux jours relevait presque du sacrilège, qui plus est dans un pays où transmission patrimoniale et primauté du lien familial restent profondément ancrés dans les mentalités.
Reste qu'au fil des crises et des évolutions sociétales, un autre rapport à la propriété est en train d'émerger. La résidence principale n’est plus tout à fait la chasse-gardée de la transmission patrimoniale à ses enfants, mais commence à s’imposer comme une réserve de valeur susceptible d'être monétisée, en cas de besoin.
Pourtant, même si 81 % des seniors propriétaires restent fidèles à l’idée de transmettre leur bien à leurs ouailles, ils sont 46 % à se dire prêts à entamer leur patrimoine immobilier pour préserver leur qualité de vie, quitte à transmettre un peu moins à leurs héritiers. Et lorsque la question est ramenée à une situation ou à un projet concret – financer sa retraite ou faire face à une dépense importante –, ils sont 6 sur 10 à franchir le pas.
Parmi les dépenses envisagées figurent des projets très concrets : le maintien à domicile (36 %), l'entrée en résidence seniors ou en Ehpad (32 %) et les dépenses de santé importantes (26 %), à quoi s'ajoute, pour 16 % des sondés, la volonté de disposer d'un complément de revenus pour mieux vivre au quotidien.
Enfin, certains expriment aussi le souhait d’aider leurs enfants de leur vivant ou de financer des travaux – notamment de rénovation énergétique – pour gagner en confort de vie, été comme hiver.
Douche de plain-pied, monte-escalier, meilleure isolation ou adaptation des accès... Dans la perspective du maintien à domicile, les seniors privilégient les aménagements qui leur permettront de rester chez eux plus longtemps, dans de bonnes conditions de confort et de sécurité.
Vendre, louer, déménager : comment monétiser son bien ?
Parce qu’il n'existe pas une seule façon de transformer son patrimoine immobilier en liquidités, plusieurs options sont à étudier, selon les besoins, les projets et les ressources de chacun.
La plus connue ? Vendre son logement pour acheter plus petit ou passer d'une grande maison à un appartement moins cher, dans un secteur plus abordable. Cette opération permet souvent de dégager un capital, tout en réduisant les charges d'entretien ou les dépenses énergétiques.
D'autres propriétaires choisissent de louer une chambre, un studio indépendant ou une partie de la maison afin de générer un complément de revenus régulier. Une option particulièrement avantageuse pour améliorer son pouvoir d'achat, sans changer d'adresse.
Au-delà de ces opérations courantes, des dispositifs plus spécifiques, comme le viager ou le prêt viager hypothécaire, permettent de tirer parti de la valeur d'un bien immobilier, sans le vendre de façon classique, avec différentes formules adaptées à chaque situation.
La vente partielle de propriété permet de vendre une partie de son logement, tout en continuant à y vivre. Un dispositif encore largement ignoré, puisque 93 % des sondés avouent ne pas le connaître.
Préserver sa qualité de vie… et transmettre un peu moins demain ?
On le voit bien : à mesure que l'espérance de vie progresse, que les parcours résidentiels s’allongent et que le coût de la vie poursuit son escalade, c'est la fonction même de la propriété qui évolue.
Si elle reste un patrimoine à transmettre pour une grande majorité de seniors propriétaires, la propriété devient aussi un levier précieux pour financer sa retraite ou préserver son autonomie, question de continuer à vivre chez soi en mode tout confort.
Enfin, même si ces nouveaux leviers de financement apportent une réponse concrète aux seniors en manque de liquidités, ils engagent bien plus qu'une simple décision financière. En ce sens, les décisions sont rarement prises en solitaire et donnent lieu, le plus souvent, à des discussions et à des arbitrages familiaux, en concertation avec les enfants, avant de franchir le pas.
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