L'accès aux HLM s'apparente à un véritable parcours du combattant. Dans son dernier rapport annuel, la Cour des comptes dresse un bilan sévère de la gestion du parc social. Entre des délais d'attente interminables, une offre insuffisante et l’opacité des critères de sélection, elle dénonce un système à bout de souffle. Le point en détail.
Un déséquilibre qui continue de se creuser
8 mois : c’est le temps moyen de traitement d’une demande de logement social et 900 000 dossiers sont en attente. La conséquence, c'est que certains demandeurs patientent jusqu'à 10 ans pour s'en voir attribuer un, selon le rapport de la Fondation pour le logement de 2025.
Les demandes progressent beaucoup plus rapidement que l'offre. Le Système national d'enregistrement recensait près de 2,8 millions de dossiers en 2024, contre 1,8 million dix ans plus tôt.
Dans le même temps, le parc social compte 4,8 millions de logements, mais seulement 400 000 sont remis sur le marché chaque année. La pénurie de constructions neuves et les démolitions limitent le renouvellement du parc, ce qui allonge les délais d'attente.
Pourquoi les logements sociaux se libèrent-ils si rarement ?
Les logements HLM restent occupés longtemps. Beaucoup de ménages préfèrent rester dans le leur, même lorsque leur situation financière s'améliore ou qu'il ne répond plus parfaitement à leurs besoins.
Résultat : le taux de rotation atteint seulement 5,1 % à Paris et 5,5 % en Île-de-France, ce qui réduit fortement les possibilités d'attribution pour les nouveaux demandeurs.
En 2025, une proposition visant à mettre fin au « logement social à vie » avait été avancée par Vincent Jeanbrun pour libérer des biens. Une piste contredite par l'ancienne ministre du Logement, Valérie Létard, qui estimait l'impact réel à seulement 30 000 logements.
Des plafonds de ressources jugés trop généreux
Dans son rapport, la Cour des comptes souligne que près de 72 % des ménages français rempliraient les conditions pour déposer une demande de logement social.
Les plafonds de revenus varient selon la composition familiale et le secteur géographique, mais ils restent suffisamment élevés pour concerner une large partie de la population.
À titre de comparaison, le revenu mensuel moyen des demandeurs s'établissait à 1 782 euros en 2024, tandis qu'un quart des salariés français percevaient moins de 1 750 euros net par mois, selon l'Insee.
Une procédure d’attribution qui manque de lisibilité
Enfin, les Sages de la rue Cambon dénoncent des procédures d'attribution peu lisibles. Si le dépôt d'un dossier est désormais simplifié, grâce au Système national d'enregistrement, les candidats disposent de très peu d'informations une fois leur demande validée.
Ils ne savent rien au sujet de leur position dans la liste d'attente, des logements auxquels ils sont susceptibles d’avoir droit ou des raisons d'un refus. La décision reste entre les mains des bailleurs et repose sur des critères opaques.
La Cour des comptes estime ainsi que la procédure nuit à la transparence du dispositif et ne garantit pas l’égalité entre les usagers.
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