De plus en plus de Français vivent seuls. Le problème, c'est que les logements, eux, ne suivent pas. Le parc immobilier reste largement calibré pour les couples et les familles, laissant les ménages solos se disputer des petites surfaces trop rares, et souvent trop chères. Résultat : même avec un bon salaire, trouver un logement vire au parcours du combattant.
12 millions de personnes vivent seules
En 2023, 12 millions de personnes vivaient seules dans leur logement, selon l'Insee. Un chiffre qui grimpe depuis plusieurs années, et vite : depuis 2017, le nombre de ménages solos en France a bondi de 1,4 million.
Pour le sociologue et urbaniste Benjamin Pradel, interrogé par Le Monde, « 39 % des résidences principales sont occupées par une personne seule, si bien que la vie en solo constitue la première forme d'occupation du parc résidentiel ».
Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. Autrefois perçu comme un échec sentimental, le célibat s'impose désormais comme un mode de vie assumé. Aux États-Unis, la part des 25-34 ans vivant sans conjoint a ainsi doublé en 50 ans, selon The Economist.
Une tendance de fond qui touche la quasi-totalité des pays riches : entre 2010 et 2022, le nombre de personnes vivant seules a augmenté dans 26 des 30 pays de l'OCDE, la France comprise.
Autre déclencheur : le vieillissement de la population. La part des seniors ne cesse d'augmenter en France. Or, 62 % des femmes et 27 % des hommes de 80 ans ou plus vivent seuls, la plupart après le décès de leur conjoint.
Un parc immobilier à la traîne
Le parc immobilier tricolore n’est pas adapté à cette évolution des modes de vie. Dans le logement social, par exemple, les T1 et T2 ne pèsent que 29 % du parc HLM, alors que près d'un demandeur sur deux vit seul.
Et pour cause : une large part de ce parc date des années 1950 à 1980, quand l’objectif était de loger des familles ouvrières, comme le rappelle Emmanuelle Cosse, présidente de l'Union sociale pour l'habitat.
Résultat ? La tension locative atteint des niveaux inédits, surtout sur les petites surfaces. Selon le baromètre de l'agence Manda, un logement parisien attire en moyenne 33 candidats par annonce, soit 2,6 fois la moyenne nationale, et trouve preneur en 12 jours seulement.
Les bailleurs peuvent donc se permettre de choisir les meilleurs dossiers…, et un couple présente, mécaniquement, souvent plus de revenus qu'une personne seule.
Jeanne, 31 ans, cadre dans les Ressources humaines, en fait les frais. La jeune femme cherche un 26 m² dans le 15e arrondissement de Paris pour 1 200 € maximum. Bilan : 10 candidatures envoyées, aucune réponse. « La concurrence est tellement forte ! Ce serait beaucoup plus facile à deux », confie-t-elle au Monde.
Propriétaire, un rêve plus difficile à atteindre
Acheter est également plus difficile quand on vit seul(e). Pour preuve : 76 % des couples sans enfant sont propriétaires de leur résidence principale, contre seulement 44 % des personnes seules, d’après l'Insee.
Et l’écart se creuse : entre 2010 et 2021, la part de propriétaires a progressé de 6,4 points chez les couples sans enfants. En revanche, elle a reculé de 3,6 points chez les personnes seules sur la même période.
Même une fois logé, le prix à payer reste plus élevé : 24 % du budget d'une personne seule part dans le logement, contre 13 % pour un couple avec enfant, selon l'Insee, soit presque le double pour un toit souvent plus petit.
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