Comment évaluer la vétusté lors d’un état des lieux de sortie ?

Blandine Rochelle
mis à jour le
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La vétusté correspond à l’usure normale d’un logement et de ses équipements au fil du temps. Elle doit être distinguée des dégradations imputables au locataire. Pour évaluer la vétusté, comparer les états des lieux d’entrée et de sortie, mais aussi s’appuyer sur une grille permet d’estimer la part des réparations liée à l’usure. Voici comment procéder et déterminer les éventuelles retenues sur le dépôt de garantie.

Image
Désaccord état des lieux vétusté
Lors de l'état des lieux, il arrive que des désaccords émergent sur l'origine d'une dégradation. © Getty Images
Sommaire
L'essentiel en 1 minute
  • La vétusté correspond à l’usure normale du logement et de ses équipements avec le temps, à distinguer des dégradations imputables au locataire.
  • L’état des lieux d’entrée et de sortie permet de mesurer cette usure et de comparer précisément l’état du logement avant et après la location.
  • Une grille de vétusté indique notamment la durée de vie, la franchise et le taux d’abattement des différents équipements et revêtements.
  • Le calcul de la vétusté permet d’estimer la valeur résiduelle d’un élément et, en cas de dégradation imputable au locataire, la part des réparations pouvant lui être réclamée.
  • Photos, justificatifs et comparaison des états des lieux permettent de distinguer vétusté, réparations locatives et dégradations et de limiter les litiges.

État des lieux d’entrée et de sortie : une comparaison indispensable

À l’arrivée du locataire dans le logement, comme à son départ, il est indispensable de réaliser un état des lieux. Cette visite permet de décrire précisément chaque pièce, chaque équipement et chaque revêtement, afin de comparer objectivement l’état du logement à l’entrée et à la sortie. Cette comparaison aide à distinguer l’usure normale des éventuelles dégradations constatées et à déterminer si des réparations peuvent être imputées au locataire.

Avant de procéder à l’état des lieux de sortie, il est donc conseillé de relire celui d’entrée. Les deux documents doivent permettre de comparer l’état du logement à deux moments différents. Chacun doit être établi en deux exemplaires, afin que le bailleur et le locataire puissent en conserver un. L’état des lieux d’entrée comme celui de sortie doit comporter les informations suivantes :

  • la nature de l'état des lieux : entrée ou sortie ;
  • la date à laquelle la visite a lieu ;
  • l'adresse du logement ;
  • le nom et l'adresse de chaque partie ;
  • les relevés des compteurs individuels le cas échéant ;
  • les clés permettant d'accéder au logement ;
  • une description précise de chaque pièce du logement : les revêtements, les équipements, les murs, le plafond et l'état ou les particularités de chacun ;
  • la signature des deux parties à l’issue de la visite.

Lorsque l’état des lieux ne peut pas être réalisé à l’amiable, il est possible de faire intervenir un commissaire de justice, qui établira un constat selon la procédure applicable.

Qu’est-ce que la vétusté ?

La vétusté désigne l’usure normale d’un logement, de ses revêtements et de ses équipements résultant du temps et d’un usage normal. Elle doit être distinguée des dégradations locatives, qui correspondent à des détériorations ne relevant pas de cette usure normale et pouvant, selon leur origine, être imputées au locataire.

Cette distinction est essentielle au moment de l’état des lieux de sortie. Une peinture défraîchie après plusieurs années d’occupation peut relever de la vétusté, tandis qu’un mur présentant des trous importants ou des détériorations inhabituelles peut nécessiter une analyse différente. Il faut donc tenir compte à la fois de l’état initial, de l’ancienneté de l’élément et de la nature des dommages constatés.

Les réparations qui résultent de la vétusté sont à la charge du bailleur. À l’inverse, certaines réparations liées à des dégradations imputables au locataire peuvent lui être facturées. Pour faire cette distinction, une grille de vétusté peut servir de référence. Elle tient compte de la durée de vie théorique des différents éléments et équipements, ainsi que d’une éventuelle période de franchise et d’un taux d’abattement annuel.

La grille permet ainsi d’estimer la valeur résiduelle d’un équipement ou d’un revêtement au moment du départ du locataire. Cette valeur aide à calculer la part du coût des réparations qui peut éventuellement rester à la charge du locataire lorsqu’une dégradation lui est imputable. Elle ne signifie toutefois pas que toute détérioration constatée est automatiquement à sa charge : il faut d’abord déterminer si elle relève de l’usure normale ou d’une dégradation.

Comment utiliser une grille de vétusté ?

Une grille de vétusté indique généralement, pour chaque catégorie d’équipement ou de revêtement :

  • la durée de vie théorique : la période de référence pendant laquelle l’élément est censé rester en état d’usage normal ;
  • la franchise : la période initiale pendant laquelle aucun abattement n’est appliqué, selon les modalités de la grille ;
  • le taux d’abattement annuel : le pourcentage de valeur retranché chaque année après la période de franchise, conformément à la grille.

La grille ne doit pas être choisie ou appliquée de façon arbitraire. Il convient de vérifier les conditions dans lesquelles elle peut être utilisée, notamment les dispositions du bail et, le cas échéant, l’accord collectif applicable. Une grille pertinente peut notamment être recherchée parmi celles prévues par certains accords collectifs.

À titre d’exemple, vous pouvez consulter la grille de vétusté établie par le Patrimoine Locatif des Sociétés d’Île-de-France du Groupe 3F. Les durées de vie et les taux d’abattement variant d’une grille à l’autre, il est important de se référer à celle qui s’applique à la situation concernée.

Voici un exemple de grille de vétusté :

Equipements

Durée de vie

Franchise

% abattement par année

Peinture, papier peint

7

1

14

Faïence murale

16

4

8

Moquette, aiguilleté

7

1

14

Revêtement en dalles plastiques

10

1

10

Parquet, carrelage, plinthe

15

9

14

Menuiserie extérieure : PVC

15

10

17

Menuiserie extérieure : bois, métal

20

10

9

Porte intérieure

20

9

8

Porte de placard

15

9

14

Serrure, quincaillerie / petit matériel électrique

11

4

13

Volet, persienne, jalousie : PVC

7

4

25

Volet, persienne, jalousie : bois, métal

15

4

8

Volet roulant

10

4

14

Volet roulant : mécanisme

8

4

20

Appareil sanitaire : grès / faïence

20

14

14

Appareil sanitaire : intox / tôle

16

9

13

Appareil sanitaire : résine

10

5

17

Mobilier stratifié (meubles sous évier)

10

1

10

Robinetterie et accessoires

15

4

8

Tableau électrique, disjoncteur

15

5

9

Appareillage électrique : prise, interphone, etc

10

4

14

Convecteur

11

5

14

Bouche de VMC

5

1

20

Exemple de calcul de la vétusté

Prenons l’exemple d’une peinture à refaire après plusieurs années d’occupation. Si la grille applicable prévoit un abattement annuel de 14 %, un locataire ayant occupé le logement pendant cinq ans peut, selon les modalités de calcul de cette grille, bénéficier d’un abattement cumulé de 70 %.

Si le coût des travaux est estimé à 2 000 € (à justifier par un devis), la part restante à la charge du locataire, après un abattement de 70 %, s’élève à 600 € :

2 000 € × 30 % = 600 €.

Ce calcul illustre la manière dont une grille peut servir à estimer la valeur résiduelle d’un élément. Il ne suffit toutefois pas, à lui seul, à justifier une retenue sur le dépôt de garantie : il faut également établir la réalité des travaux, leur coût et l’éventuelle responsabilité du locataire dans les détériorations constatées.

Lors d'un état des lieux, qui doit être annexé au bail au moment de la signature, le locataire peut émettre des réserves sur le document.

Vétusté, menues réparations et dégradations : comment faire la différence ?

La vétusté n’est pas la seule notion à prendre en compte lors de l’état des lieux de sortie. Il faut également distinguer l’usure normale des réparations locatives et des dégradations imputables au locataire.

Certaines menues réparations et opérations d’entretien courant restent à la charge du locataire pendant le bail, indépendamment de l’ancienneté du logement : remplacement de certains joints, entretien courant de la robinetterie ou changement d’un fusible, par exemple. Leur prise en charge dépend de la nature de l’intervention et des règles applicables, et non uniquement de l’âge de l’équipement.

Pour bien distinguer ces situations, trois cas peuvent se présenter.

  • La vétusté : l’élément s’use normalement avec le temps et un usage habituel. Les réparations qui en résultent relèvent du bailleur.
  • La réparation locative : il s’agit d’une opération d’entretien courant ou d’une petite réparation qui incombe au locataire selon les règles applicables.
  • La dégradation : l’élément présente un dommage qui dépasse l’usure normale. Si cette détérioration est imputable au locataire, le coût des réparations peut lui être réclamé, en tenant compte de la vétusté éventuelle.

Cette distinction est essentielle pour éviter qu’un locataire se voie facturer le remplacement à neuf d’un équipement simplement usé par le temps ou qu’une véritable dégradation soit assimilée à tort à de l’usure normale.

Comment évaluer les dégradations dans un logement ?

Si le bailleur constate des détériorations lors de l’état des lieux de sortie, il doit d’abord vérifier qu’elles ne correspondent pas à une usure normale. Il convient ensuite de les décrire précisément dans le document d’état des lieux et de les comparer à l’état du logement lors de l’entrée du locataire.

Des photographies permettent d’étayer les constatations et de comparer l’état des pièces et des équipements. Un trou dans une porte, une moquette tachée ou des plinthes abîmées peuvent ainsi être photographiés sous plusieurs angles. Les images doivent compléter une description précise, plutôt que s’y substituer.

Lorsqu’une dégradation est constatée, il faut ensuite estimer le coût des réparations nécessaires. Pour déterminer la somme éventuellement imputable au locataire, il est important de tenir compte de l’ancienneté de l’élément et de son usure normale. La grille de vétusté, lorsqu’elle est applicable, peut aider à calculer la valeur résiduelle de l’élément concerné et à éviter de faire supporter au locataire le coût du remplacement à neuf d’un équipement déjà ancien.

Un spécialiste indépendant peut également être sollicité pour chiffrer les réparations et aider à distinguer un élément simplement vétuste d’un élément dégradé. Son évaluation, accompagnée de photographies et de justificatifs, peut être utile en cas de désaccord.

Le dépôt de garantie : délais, retenues et justificatifs

La distinction entre vétusté et dégradation a des conséquences sur la restitution du dépôt de garantie. Le bailleur ne peut pas justifier une retenue par la seule présence d’un équipement ancien ou d’un revêtement usé : il doit pouvoir établir le motif de la retenue et son montant.

Les sommes retenues doivent être justifiées par des éléments précis, tels que des devis, des factures ou des constatations détaillées dans l’état des lieux de sortie. Lorsqu’une dégradation est imputable au locataire, son coût doit être évalué en tenant compte, le cas échéant, de la vétusté de l’élément concerné.

Les délais de restitution du dépôt de garantie sont généralement les suivants :

  • un mois lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée ;
  • deux mois lorsque des retenues sont justifiées par des dégradations ou des sommes restant dues.

Ces délais courent à compter de la remise des clés au bailleur ou à son mandataire. En cas de retard, le bailleur peut être exposé à des pénalités dans les conditions prévues par la loi.

Pour toute retenue, le bailleur doit être en mesure de fournir les justificatifs correspondants. Le locataire peut contester une retenue s’il estime qu’elle concerne de la vétusté, que les dégradations ne lui sont pas imputables ou que le montant demandé n’est pas justifié.

Locataire/bailleur : que faire en cas de litige ?

Même lorsqu’une grille de vétusté sert de référence, des désaccords peuvent survenir sur l’origine d’une détérioration ou sur le montant des réparations. Le bailleur peut estimer que le locataire est responsable d’une dégradation, tandis que ce dernier peut considérer qu’il s’agit d’une usure normale liée au temps et à l’utilisation habituelle du logement.

Pour résoudre ce type de litige, les deux parties peuvent commencer par comparer les états des lieux d’entrée et de sortie, examiner les photographies et vérifier les modalités de la grille de vétusté retenue. Les devis, les factures d’entretien et les autres justificatifs peuvent également aider à clarifier la situation.

Si le désaccord persiste, une démarche amiable peut être envisagée avant une éventuelle procédure judiciaire. Le juge pourra, si nécessaire, ordonner une expertise afin de déterminer l’origine des dommages et d’évaluer le montant des réparations. Il pourra ensuite statuer sur les sommes éventuellement dues au regard des éléments du dossier.

Si le locataire a déjà réparé une dégradation ou remplacé l’élément concerné, il est utile qu’il en informe le bailleur et conserve les justificatifs correspondants. La situation pourra ainsi être examinée pour éviter qu’une même réparation lui soit facturée une seconde fois.

Bien préparer son état des lieux de sortie : les bons réflexes

Pour évaluer correctement la vétusté et limiter les risques de litige, quelques réflexes simples permettent de préparer l’état des lieux de sortie :

  • relire l’état des lieux d’entrée pour repérer les changements intervenus pendant la location ;
  • examiner chaque pièce et chaque équipement afin de distinguer les signes d’usure normale des détériorations inhabituelles ;
  • prendre des photographies datées des pièces, des revêtements et des équipements, en particulier lorsque leur état peut prêter à discussion ;
  • rassembler les justificatifs d’entretien et de réparation réalisés pendant la location ;
  • consulter la grille de vétusté applicable, si une telle grille est prévue, afin de vérifier la durée de vie de l’élément concerné et les taux d’abattement à retenir ;
  • faire décrire précisément les désaccords dans l’état des lieux de sortie et formuler des réserves si nécessaire.

Une comparaison méthodique des deux états des lieux, complétée par des justificatifs et, le cas échéant, une grille de vétusté, permet de mieux apprécier l’usure du logement et d’éviter de confondre vétusté, réparations locatives et dégradations.

À noter : qu’est-ce que l’usure normale en location ?

L’usure normale correspond à la détérioration progressive d’un logement, de ses revêtements ou de ses équipements sous l’effet du temps et d’une utilisation habituelle. Elle doit être distinguée des dommages qui résultent d’un usage anormal ou d’un défaut d’entretien imputable au locataire. Cette distinction permet de déterminer, au moment de l’état des lieux de sortie, quelles réparations relèvent du bailleur et lesquelles peuvent éventuellement être mises à la charge du locataire.

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