Loi RIPOST : une procédure simplifiée (et accélérée) pour déloger les squatteurs en location saisonnière

Laetitia Lapiana
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Vous accueillez un vacancier en location saisonnière, mais il montre un tout autre visage à la fin de son séjour et refuse de rendre les clés. Un scénario qui n’a hélas rien d’une fiction hollywoodienne… Si ce stratagème a pu prospérer, c’est qu’une lacune juridique laissait libre cours aux malotrus, tout en rendant la récupération du bien particulièrement ardue. Entrée en vigueur le 20 août 2026, la loi RIPOST vient combler cette brèche, en étendant la procédure administrative d’évacuation forcée aux meublés de tourisme. Explications.

Image
Un couple se détend, assis sur un canapé, les yeux fermés en profitant de la lumière du soleil
La procédure administrative d’évacuation forcée est étendue aux occupants refusant de quitter un logement en location saisonnière, à l’issue de leur séjour. © Getty Images
Sommaire
En résumé
  • La loi RIPOST étend la procédure administrative d’évacuation forcée (article 38 de la loi DALO) aux locataires de meublés de tourisme refusant de partir à l'issue de leur contrat de location. 
  • Après dépôt de plainte, preuve de son droit sur le bien et constat du maintien illicite, le propriétaire peut saisir directement le préfet pour mise en demeure.
  • Le préfet a 48 heures pour statuer. L’occupant dispose de 24 heures minimum après mise en demeure ou sept jours pour partir, selon les cas. 
  • Si le logement n’est pas le domicile du propriétaire, l’occupant peut saisir le juge administratif en référé.

Squat en location saisonnière : la loi RIPOST change la donne

Tout tenait jusqu’ici à un paradoxe juridique. Contrairement au squatteur qui s’introduit sans droit ni titre dans un logement, le client d’une location saisonnière entre légalement dans les lieux et c’est son refus de partir, une fois le contrat arrivé à son terme, qui rend son occupation illicite.

Une situation loin d’être anodine, que la procédure administrative d’évacuation forcée prévue par l’article 38 de la loi DALO (droit au logement opposable) ne permettait pas de traiter, contraignant le propriétaire à se tourner vers la justice pour obtenir l'expulsion du locataire.

Promulguée le 18 août 2026, la loi n° 2026-798 – dite « loi RIPOST » – a permis de faire sauter ce verrou procédural, en élargissant le champ d’application de l’article 38. Désormais, la procédure s’applique également au maintien dans les lieux après l’expiration du contrat de location d’un meublé de tourisme. Le propriétaire peut ainsi solliciter directement l’intervention du préfet, sans avoir à obtenir au préalable une décision du juge.

Loi RIPOST : où commence et où s’arrête la notion de squat ?

Non, tous les locataires refusant de quitter un logement ne sont pas concernés par cette loi. 

Elle cible en effet un cas bien précis : celui des meublés de tourisme, autrement dit des villas, appartements ou studios meublés, proposés notamment sur des plateformes de type Airbnb à une clientèle de passage, qui n’est en aucun cas censée y élire domicile.

C’est en étendant la notion de squat au voyageur qui refuse de quitter les lieux au terme de sa location que la loi RIPOST opère une véritable pirouette législative : son entrée parfaitement régulière dans le logement, qui l’excluait jusqu’ici de la procédure administrative d’évacuation forcée, n’y fait désormais plus obstacle.

Gare aux amalgames ! Tout maintien sans droit ni titre dans un logement ne constitue pas un squat. Le locataire ou l’occupant à titre gratuit qui refuse de partir relève toujours de la procédure judiciaire d’expulsion, et n’a donc pas à être affublé du qualificatif de squatteur.

Comment obtenir l’évacuation d’un meublé de tourisme ?

Pas question toutefois de récupérer son logement manu militari, et encore moins de court-circuiter la procédure, en changeant les serrures ou en mettant soi-même l’occupant et ses affaires dehors… Pour engager la procédure d’évacuation, le propriétaire doit déposer plainte, apporter la preuve de son droit sur le bien et faire constater le maintien illicite dans les lieux par un officier de police judiciaire, le maire ou un commissaire de justice (anciennement huissier de justice).

Ce n’est qu’une fois ces conditions réunies qu’il peut saisir le préfet afin que celui-ci mette l’occupant en demeure de quitter les lieux. Le préfet dispose alors de 48 heures pour statuer sur la demande, après avoir pris en considération la situation personnelle et familiale de l’occupant. À noter qu’il ne peut refuser d’engager la mise en demeure que si les conditions légales ne sont pas réunies ou pour un motif impérieux d’intérêt général.

La mise en demeure laisse alors à l'occupant au moins 24 heures pour quitter les lieux, lorsque le logement constitue le domicile du demandeur, et sept jours dans les autres cas. Si l’occupant refuse toujours de partir à l’issue de ces délais, le préfet doit alors procéder séance tenante à l’évacuation forcée, sauf opposition du propriétaire.

Si le propriétaire ne peut plus accéder aux documents permettant d’établir son droit, en raison de l’occupation du logement par le squatteur, le préfet dispose de 72 heures pour solliciter l’administration fiscale afin qu’elle l’établisse.

Une procédure accélérée, mais pas sans recours pour l’occupant

Avec la loi RIPOST, si l’intervention du juge n’est plus un préalable, la voie judiciaire ne disparaît pas pour autant du paysage. 

Lorsque le logement ne constitue pas le domicile du propriétaire, l’occupant peut en effet saisir le juge administratif en référé pour contester la mise en demeure. Ce recours en suspend alors l’exécution jusqu’à la décision du juge.

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