Succession : peut-on vendre une maison si un héritier bloque ?

Paul Anthonioz
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Un héritier qui ne répond plus, un autre qui refuse de signer, et la vente de la maison familiale se retrouve paralysée. Cette situation, qu'on appelle l'indivision successorale, concerne des milliers de familles françaises. Voici ce que la loi vous permet de faire pour débloquer la situation.

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Succession : un héritier bloque la vente de la maison, quels sont vos recours ?
Succession : un héritier bloque la vente de la maison, quels sont vos recours ? © Getty Images
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Pourquoi un héritier peut bloquer la vente ?

Lorsqu'une personne décède et laisse plusieurs héritiers, ses biens ne sont pas immédiatement partagés. Ils entrent en indivision. Autrement dit, chaque héritier détient une quote-part de l'ensemble du patrimoine.

Or, selon l'article 815-3 du Code civil, vendre un bien immobilier en indivision nécessite l'accord de tous les héritiers sans exception. Une règle qui, en pratique, peut paralyser des familles entières pendant des années.

Et pour cause : un seul refus, un seul silence, un seul héritier injoignable suffit à bloquer la vente. Même si tous les autres sont d'accord. Cela dit, la loi prévoit plusieurs recours pour sortir de cette impasse.

Si l'un des héritiers souhaite conserver le bien et qu'il en a les moyens, il peut proposer de racheter les parts des autres. On parle alors de partage amiable.

La règle des deux tiers : comment l'utiliser ?

Premier recours à envisager : la procédure prévue par l'article 815-5-1 du Code civil. Si vous représentez au moins les deux tiers des droits indivis, vous pouvez engager une procédure de vente sans l'accord des autres héritiers.

Concrètement, la démarche se déroule en trois étapes. Vous exprimez d'abord votre intention de vendre devant un notaire. Ce dernier dispose d'un mois pour signifier ce projet aux autres héritiers par voie d'huissier. 

Si l'un d'eux s'oppose ou ne répond pas dans un délai de trois mois, le notaire dresse un procès-verbal de difficultés. Vous pouvez alors saisir le tribunal, qui peut autoriser la vente si elle ne porte pas une « atteinte excessive » aux droits des autres héritiers.

Cela dit, la règle des deux tiers a plusieurs limites. Elle ne s’applique pas si le bien est démembré — c’est-à-dire si l’usufruit et la nue-propriété du bien sont séparés — ni si l'un des indivisaires est mineur ou sous protection juridique.

Que faire si le bien se dégrade ou les dettes s'accumulent ?

Vous n'avez pas les deux tiers des droits indivis, mais le bien se dégrade ou les dettes s'accumulent ? L'article 815-5 du Code civil vous permet de demander au juge l'autorisation de vendre seul, si le refus d'un cohéritier « met en péril l'intérêt commun ».

Concrètement, le juge peut intervenir dans plusieurs situations : 

  • le bien se dégrade faute d'entretien ;
  • les charges s'accumulent sans que personne ne puisse les régler ;
  • les droits de succession restent impayés et les pénalités s'alourdissent ;
  • il y a un risque de saisie immobilière.

Dans tous les cas, c'est au juge d'apprécier si la situation justifie son intervention. Plus la preuve du péril est documentée (factures impayées, constats de dégradation, relevés de charges…), plus la demande a de chances d'aboutir.

En dernier recours : la licitation, ou la vente forcée aux enchères

Dernier recours : n'importe quel héritier peut demander au tribunal de mettre fin à l'indivision. Le juge ordonne alors la licitation, c'est-à-dire la vente du bien aux enchères. Le montant est ensuite réparti entre les héritiers au prorata de leurs droits.

C'est une procédure efficace pour débloquer une situation inextricable, mais elle a un coût. D'abord financier : le prix obtenu aux enchères est souvent inférieur à celui du marché, sans oublier les frais de justice engendrés.

Mais également humain, car une procédure judiciaire imposée laisse rarement les relations familiales intactes. C'est pourquoi la licitation est le plus souvent utilisée comme un argument de pression.

Informer l'héritier récalcitrant qu'une procédure de vente aux enchères est envisagée, avec les pertes financières que cela implique pour tout le monde, suffit parfois à le ramener à la table des négociations.

Avant d'en arriver là, tentez une médiation par l'intermédiaire de votre notaire ou d’un avocat. Trouver un accord amiable sera toujours moins coûteux qu'une procédure judiciaire.

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