Quel est le délai pour régulariser les charges locatives ?

Vincent Cuzon
mis à jour le
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Locataire ou bailleur, la régularisation des charges locatives est un moment clé de la relation de bail. Si les charges sont versées sous forme de provisions, une régularisation annuelle est obligatoire. En cas d'oubli ou de retard, la loi accorde un délai de 3 ans pour ajuster les comptes, y compris après le départ du locataire. Voici les règles applicables, les pièces justificatives à produire et les recours possibles en cas de contestation.

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La régularisation des charges doit se faire chaque année. © fizkes
La régularisation des charges doit se faire chaque année. © fizkes - Getty Images
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Le propriétaire a 3 ans pour régulariser les charges locatives

Selon l'article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989, le bailleur dispose d'un délai de prescription de 3 ans pour réclamer un complément de charges à son locataire, y compris après son départ. Par exemple, une dette de charges datant de janvier 2023 peut être exigée jusqu'en janvier 2026. Ce délai de prescription joue dans les deux sens : le locataire bénéficie également de 3 ans pour demander le remboursement d'un trop-perçu. La régularisation tardive est recevable, quelle qu'en soit la cause (oubli, ignorance, négligence).

Attention : ce délai de 3 ans n'est pas une carte blanche pour les bailleurs. Si la justice estime que la régularisation tardive est déloyale ou brutale, elle peut la refuser. Selon la jurisprudence en matière locative, cela se produit notamment lorsqu'un propriétaire a délibérément omis d'effectuer la régularisation annuelle à plusieurs reprises, ou lorsque le locataire avait formulé des demandes restées sans réponse. Dans ces situations, le juge peut annuler la demande de régularisation des charges et condamner le bailleur à verser des dommages et intérêts au locataire lésé.

Régulariser les charges locatives, en quoi ça consiste ?

La régularisation des charges n'est pas une simple formalité : c'est la pierre angulaire d'une gestion locative saine et transparente. Lorsque les charges récupérables d'un logement loué sont réglées sous forme de provisions mensuelles, le propriétaire doit effectuer une régularisation chaque année. Cette opération consiste à comparer le total des provisions versées par le locataire aux dépenses réelles de l'année, selon les documents comptables disponibles (arrêté des comptes de la copropriété, factures des fournisseurs).

Pour cela, le bailleur doit adresser au locataire, par courrier recommandé ou par mail avec accusé de réception, un décompte individuel détaillant chaque type de charges. Ce document est obligatoire : il permet au locataire de vérifier que les charges réclamées lui sont bien imputables, factures à l'appui. Notez également que les documents justificatifs doivent être tenus à disposition du locataire pendant 6 mois après l'envoi du décompte, afin de lui permettre de les consulter.

En fonction du résultat de la régularisation des charges :

  • si le locataire a versé plus que les charges réelles, le propriétaire lui rembourse le trop-perçu ;
  • si le montant réel des charges dépasse le total des provisions versées, le locataire règle le surplus.

Après régularisation, le nouveau montant des provisions pour l'année à venir peut être réajusté à la hausse ou à la baisse, en fonction des dépenses réelles constatées. En cas de départ du locataire, le propriétaire peut conserver jusqu'à 20 % du dépôt de garantie pour couvrir la dernière régularisation.

Charges forfaitaires : aucune régularisation possible

Dans le cadre de la location d'un logement, deux systèmes coexistent selon la loi du 6 juillet 1989.

  1. La provision sur charges : somme mensuelle versée par le locataire, déterminée en fonction des dépenses de l'année précédente ou du budget prévisionnel si le logement est en copropriété. Ce système s'applique aussi bien en location vide qu'en location meublée.
  2. Le forfait de charges : réservé aux locations meublées dont le bail a été signé après le 27 mars 2014 et, dans certaines situations, aux colocations. Ce forfait correspond à une somme fixe et définitive ; aucune régularisation n'est effectuée chaque année. Les dépenses du propriétaire au-delà du montant du forfait restent à sa charge.

Si les charges locatives sont payées sous forme de forfait de charges, ce montant forfaitaire doit figurer dans le bail et ne peut pas faire l'objet d'une régularisation. Attention : en situation de contestation, si un locataire peut démontrer que le forfait est manifestement sous-évalué, il peut saisir le tribunal judiciaire compétent.

Quelles charges peuvent être demandées au locataire ?

Seules les charges récupérables, listées par le décret du 26 août 1987, peuvent être facturées au locataire. Ces taxes et charges comprennent notamment :

  • la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) : refacturable intégralement au locataire, elle est souvent l'une des charges les plus significatives selon la commune ;
  • l'électricité et les frais d'entretien des parties communes ;
  • l'eau froide et l'entretien courant des espaces verts ;
  • l'électricité et l'entretien courant de l'ascenseur ;
  • le chauffage collectif uniquement (le chauffage individuel reste à la charge du locataire, en fonction de sa propre consommation) ;
  • l'entretien des aires de stationnement communes à l'immeuble.

En revanche, le propriétaire ne peut pas imputer au locataire les charges qui lui incombent : honoraires du syndic, charges liées à la gestion locative, contrôle technique de l'ascenseur, réfection des parties communes ou encore les frais d'infestation de nuisibles.

Les frais de gardiennage suivent un système particulier : si le gardien remplit à la fois une fonction d'entretien des parties communes et de sortie des poubelles, 75 % des frais sont récupérables. S'il n'assure qu'une seule de ces fonctions, la part récupérable descend à 40 %.

Contestations : que faire en cas de litige sur les charges ?

Si, en tant que locataire, vous contestez le décompte de charges reçu, commencez par adresser une demande écrite de documents à votre propriétaire. Il doit vous communiquer les pièces justificatives (factures, relevés de consommation) dans un délai raisonnable.

En cas de blocage, plusieurs recours existent selon votre situation.

  • La commission départementale de conciliation : gratuite et rapide, elle permet de trouver un accord amiable entre bailleur et locataire.
  • L'ADIL (agence départementale d'information sur le logement) : elle offre des conseils juridiques gratuits et peut accompagner les deux parties dans la résolution du litige.
  • Le tribunal judiciaire : en dernier recours, le juge des contentieux de la protection est compétent pour trancher les contestations liées aux charges locatives.
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