Louer sans bail de location : quels sont les risques pour le propriétaire ?

Vincent Cuzon
mis à jour le
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Si la loi impose en principe un contrat de bail écrit, un bail verbal peut suffire à rendre une location valide. En pratique, cette situation expose le propriétaire à des risques juridiques réels, notamment en matière de preuve des conditions initiales, de procédures de recouvrement et de sécurisation de la location. Voici tout ce qu'un propriétaire doit savoir avant de louer sans bail écrit.

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Louer sans bail écrit risques
La justice reconnaît souvent la validité d'un bail verbal entre le propriétaire et le locataire, mais un contrat écrit permet de prévenir les litiges. © Getty Images
Sommaire

Peut-on louer un logement sans bail de location écrit ?

La loi du 6 juillet 1989, destinée à améliorer les rapports locatifs, impose en principe la conclusion d'un contrat de bail écrit. En réalité, la justice reconnaît souvent la validité d'un bail verbal entre le propriétaire et le locataire. Une location est donc possible même en l'absence de bail écrit. Aucune sanction directe n'est prévue par la réglementation pour ce seul motif. Il suffit que les deux parties donnent leur consentement sur le logement loué et le montant du loyer pour que l'accord soit juridiquement valable.

En pratique, même en l'absence d'écrit, le bail verbal est soumis aux dispositions de la loi du 6 juillet 1989 ainsi qu'aux articles du Code civil applicables aux contrats. Durée, dépôt de garantie, préavis, obligation de payer le loyer : le locataire et le propriétaire disposent théoriquement des mêmes droits et obligations qu'avec un bail écrit. Il reste toutefois fortement conseillé d'établir un contrat écrit afin de prévenir les litiges.

Attention 

Un bail conclu sans remise des diagnostics techniques obligatoires (DPE, amiante, plomb, gaz, électricité, état des risques et pollutions) expose le propriétaire à des sanctions spécifiques. En l'absence de DPE ou de diagnostic amiante, le bailleur peut notamment se voir imposer une réduction de loyer, voire l'annulation du bail. La remise des diagnostics obligatoires constitue une obligation légale, que le bail soit écrit ou verbal.

Louer un appartement sans bail écrit : quels sont les risques pour le propriétaire ?

Sans contrat écrit, les deux parties se retrouvent dans une situation délicate sur le plan de la preuve. Aucun document ne permet d'attester les éléments convenus au début de la location : montant du loyer, dépôt de garantie, préavis, identité des parties ou état du logement. Les droits du bailleur comme ceux du locataire s'en trouvent fragilisés et les litiges peuvent rapidement prendre de l'ampleur.

Impossibilité de réviser le loyer et délivrance des quittances

Sans bail écrit, le propriétaire ne peut pas réviser le loyer selon l'indice de référence des loyers (IRL), faute de clause de révision prévue au contrat. En revanche, il peut toujours délivrer une quittance de loyer, à la demande du locataire, pour chaque paiement intégral reçu. Ce document atteste du règlement du loyer et constitue une preuve utile pour les deux parties.

Risques liés aux loyers impayés et aux procédures de recouvrement

Sans bail écrit, le propriétaire ne peut pas invoquer de clause résolutoire pour obtenir la résiliation automatique du contrat en cas de loyers impayés, de défaut d'assurance habitation ou de non-versement du dépôt de garantie. Les procédures de recouvrement deviennent alors plus longues et plus coûteuses. En l'absence de caution ou de garantie des loyers impayés (GLI) formellement prévue, récupérer une dette locative s'avère plus difficile. De son côté, l'assurance loyers impayés exige généralement un bail écrit pour accorder sa couverture. Sans contrat, le propriétaire perd donc une protection importante.

Risques liés à l'absence d'état des lieux et aux dégradations

Lorsqu'aucun bail écrit n'a été établi, l'état des lieux d'entrée et de sortie est rarement formalisé. Il reste pourtant possible, et vivement recommandé, même dans le cadre d'un bail verbal. À défaut d'état des lieux d'entrée, le logement est présumé avoir été remis en bon état au locataire. Si des dégradations sont constatées à son départ, il sera très difficile pour le propriétaire d'en apporter la preuve et d'obtenir réparation, notamment sur le dépôt de garantie.

Difficultés en cas d'expulsion et de procédure judiciaire

Si le locataire refuse de quitter le logement, le propriétaire doit saisir le juge des contentieux de la protection. Sans bail écrit, la procédure d'expulsion est plus complexe, car il faut d'abord faire reconnaître l'existence du bail verbal devant le tribunal. Un commissaire de justice peut être mandaté pour constater la situation et constituer un dossier. Avant toute procédure, le recours à la commission départementale de conciliation ou à un conciliateur de justice peut permettre de résoudre le litige à l'amiable. L'ADIL (Agence départementale d'information sur le logement) propose également des conseils gratuits aux propriétaires.

Risques fiscaux

Même en l'absence de bail écrit, les revenus locatifs doivent être déclarés. En revanche, certaines charges prévues contractuellement peuvent être plus difficiles à justifier. Le propriétaire s'expose également à une requalification par l'administration fiscale si la situation locative n'est pas suffisamment documentée. La CAF peut aussi demander des justificatifs lorsqu'elle verse directement l'APL au bailleur.

Congé donné au locataire sans bail écrit

Le propriétaire peut donner congé à son locataire sans bail écrit, que ce soit pour reprendre le logement, le vendre ou pour un motif légitime et sérieux. Il doit respecter un préavis d'au moins six mois. En revanche, en l'absence de contrat écrit, la preuve de la notification du congé peut être plus difficile à établir. Il est donc recommandé de l'adresser par lettre recommandée avec accusé de réception.

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Quelles preuves permettent de faire valoir un bail verbal ?

Un bail verbal peut être prouvé par différents moyens. La valeur probante de chaque élément varie, mais plusieurs types de documents peuvent être produits devant le juge :

  • relevés bancaires montrant des virements réguliers correspondant au paiement du loyer ;
  • échanges de mails ou de SMS entre le propriétaire et le locataire mentionnant le logement, le loyer ou les conditions de la location ;
  • quittances manuscrites ou reçus de loyer établis par le propriétaire ;
  • attestations de voisins, témoignages du gardien de l'immeuble ou de tiers ;
  • factures (eau, électricité, internet) établies au nom du locataire à l'adresse du logement ;
  • courriers administratifs (CAF, impôts, Sécurité sociale) adressés au locataire.

En cas de litige, ces éléments doivent être présentés devant le juge des contentieux de la protection. Le délai de prescription pour agir en reconnaissance d'un bail verbal est, en principe, de trois ans à compter de la fin de la relation locative. Il est donc conseillé de conserver l'ensemble de ces documents.

Peut-on régulariser un bail verbal ?

Conformément à l'article 3 de la loi du 6 juillet 1989, chacune des parties peut exiger à tout moment la régularisation d'un bail verbal par la signature d'un contrat écrit. Ni le propriétaire ni le locataire ne peut s'y opposer. En cas de refus, l'autre partie peut saisir le juge des contentieux de la protection afin de l'y contraindre.

Le nouveau bail devra obligatoirement comporter toutes les mentions prévues par la législation en vigueur : identité des parties, description du logement, montant du loyer et des charges, dépôt de garantie, durée du bail et modalités de renouvellement. Si le propriétaire souhaite y insérer des clauses facultatives (révision du loyer selon l'IRL, clause résolutoire, avance sur charges…), il devra obtenir l'accord du locataire.

Prise d'effet du bail écrit : quelles sont les deux options ?

Le propriétaire et le locataire peuvent fixer la prise d'effet du bail écrit à la date de signature du contrat. Dans ce cas, son échéance est fixée à un an pour une location meublée ou à trois ans pour une location vide.

Ils peuvent également décider que le bail prend effet rétroactivement à compter de l'entrée dans les lieux. Son échéance est alors calculée à partir de cette date, par périodes d'un ou de trois ans selon le type de location.

En pratique, une régularisation rétroactive permet de sécuriser l'ensemble de la relation locative et de rétablir des quittances de loyer en bonne et due forme pour toute la période écoulée. C'est souvent la solution la plus protectrice pour les deux parties.

Comment se protéger en attendant la régularisation ?

En attendant la signature d'un bail écrit, plusieurs mesures permettent de limiter les risques :

  • émettre une quittance pour chaque paiement reçu et en conserver une copie ;
  • établir un état des lieux, même manuscrit, signé par les deux parties ;
  • conserver tous les échanges de mails et de SMS relatifs à la location ;
  • demander au locataire une attestation d'assurance habitation en cours de validité ;
  • contacter l'ADIL de votre département pour obtenir un conseil juridique gratuit ;
  • saisir un conciliateur de justice ou la commission départementale de conciliation en cas de désaccord sur la régularisation.

FAQ : location sans bail, vos questions pratiques

Un locataire sans bail peut-il toucher les APL ?

Oui, la CAF peut accorder les aides au logement même en l'absence de bail écrit, à condition que la location soit reconnue et que les autres critères d'éligibilité soient remplis. En pratique, un contrat écrit facilite toutefois les démarches et la constitution du dossier.

Un bail verbal a-t-il la même valeur juridique qu'un bail écrit ?

Oui. Un bail verbal est juridiquement valable dès lors que le propriétaire et le locataire se sont mis d'accord sur les éléments essentiels de la location, notamment le logement et le montant du loyer. En revanche, l'absence d'écrit complique la preuve des droits et obligations de chacun en cas de litige, d'où l'intérêt de régulariser la situation par un contrat écrit.

Quelle est la durée de prescription pour réclamer des loyers impayés sans bail écrit ?

Le délai de prescription pour réclamer des loyers impayés est de trois ans à compter de leur date d'exigibilité, conformément au Code civil. Passé ce délai, les créances sont en principe prescrites.

À retenir

Louer un bien sans bail écrit est juridiquement possible, mais cette situation expose le propriétaire comme le locataire à des risques importants : difficultés à prouver les conditions initiales de la location, impossibilité de souscrire une assurance loyers impayés, procédures de recouvrement plus complexes, absence d'état des lieux et moindre sécurisation de la relation locative. La régularisation du bail verbal par un contrat écrit constitue un droit pour chacune des parties et a tout intérêt à être engagée sans attendre.

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