Bail précaire d’habitation : est-il légal et dans quels cas ?

Juliette Cadot
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Mutation temporaire, enfant qui poursuit ses études, besoin d’héberger un proche… Certaines situations amènent un propriétaire à vouloir récupérer son logement plus tôt que prévu. Le bail précaire d’habitation apparaît alors comme la solution, mais est-ce vraiment légal ? On vous répond !

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Le bail précaire d'habitation n'a pas d'existence juridique en tant que tel. ©Damircudic – Getty Images
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Bail précaire d’habitation : c’est quoi exactement ?

Juridiquement, le bail d’habitation précaire n’existe pas en tant que tel. L’expression renvoie en réalité à un bail d’habitation à durée réduite, prévu par l’article 11 de la loi du 6 juillet 1989.

En effet, un propriétaire peut louer un logement pour une durée comprise entre 1 et 3 ans, sous réserve de respecter certaines conditions

Il ne s’agit donc pas d’un bail distinct, mais d’un bail classique conclu sous le régime de la loi de 1989, avec une durée dérogatoire.

Cela peut s’appliquer à la fois à une location meublée et à une location nue.

Dans quels cas un bail précaire d’habitation est-il possible ?

La durée réduite n’est pas une liberté laissée aux signataires, qui décideraient librement des conditions du bail. En effet, elle n’est admise que si le propriétaire prévoit de récupérer le logement pour un événement familial ou professionnel clairement identifié. Autrement dit, l’événement doit être réel, précis et connu dès la signature.

En pratique, cela peut correspondre à un retour après une mutation ou une mission longue durée, à un logement réservé à un enfant qui commence des études ou à l’accueil d’un proche âgé.

À l’inverse, un projet vague ne suffit pas. La volonté de vendre, un projet familial mal défini ou une évolution professionnelle simplement envisagée ne permettent pas à eux seuls de réduire la durée du bail.

Bail d’habitation précaire : quelles conditions doivent être respectées ?

Le bail précaire d’habitation reste une exception, strictement encadrée par l’article 11 de la loi de 1989. Pour être valable, il doit respecter les conditions suivantes : 

  • Le bailleur doit être une personne physique.
  • La durée du bail doit être comprise entre 1 an et 3 ans.
  • Le bail doit mentionner le motif et l’événement qui justifient la reprise du logement par le propriétaire.

Pour sécuriser le bail, le contrat doit indiquer clairement pourquoi le propriétaire a besoin de récupérer le logement avant l’échéance prévue dans les baux classiques de location. Plus la rédaction de la clause est floue, plus le risque de contestation augmente.

Loyer, préavis, résiliation : les règles sont-elles différentes ?

Même dans le cadre d'un bail précaire d’habitation, la location reste soumise à la loi de 1989. Cela signifie que les règles classiques continuent de s’appliquer, notamment concernant :

  • les charges,
  • le dépôt de garantie,
  • la révision du loyer,
  • l’encadrement des loyers, lorsque le logement est situé dans une zone concernée.

Le locataire conserve la possibilité de donner congé dans les conditions habituelles du bail vide ou meublé, avec un préavis de 1 mois pour les biens loués meublés et 3 mois pour ceux loués nus, sauf s'ils sont placés en zone tendue.

Le bail précaire d'habitation accorde une plus grande marge de manoeuvre au propriétaire, mais le locataire, lui, conserve les lois « classiques » liées à la location.

Comment se passe la fin du bail précaire d’habitation ?

Dans un délai minimal de 2 mois avant la fin du bail, le propriétaire doit informer le locataire par écrit que l’événement prévu s’est bien réalisé. En pratique, cette confirmation est envoyée par courrier recommandé avec accusé de réception.

Si l’événement est retardé, le terme du bail peut être reporté, mais une seule fois.

Lorsque l’événement qui doit mettre fin au bail se produit et qu’il est confirmé dans les délais, le locataire doit restituer le logement à la date et aux conditions fixées au contrat de location.

Si l’événement ne se réalise pas, ou s’il n’est pas confirmé dans les délais, la durée réduite ne s’applique plus. La location est automatiquement requalifiée en bail d’habitation classique.

Bail d'habitation précaire ou convention d’occupation précaire ?

Le bail d’habitation dit « précaire » est parfois confondu avec un autre dispositif : la convention d’occupation précaire (COP). Dans les deux cas, l’occupation est temporaire, mais le cadre juridique est différent.

La convention d’occupation précaire n’est pas un bail classique. Elle repose sur une précarité objective, c’est-à-dire une situation extérieure aux parties qui rend la location nécessairement provisoire.

Cela peut être le cas, lorsque le logement est concerné par :

  • une démolition programmée de l’immeuble,
  • des travaux lourds, rendant une occupation durable impossible,
  • une opération immobilière imminente, impliquant la libération des lieux.

En clair, la convention n’a de sens que si la situation impose réellement une occupation provisoire. Sans justification solide, elle peut être requalifiée en bail d’habitation, ce qui impacte la durée et la reprise du logement.

Quelles alternatives au bail précaire d’habitation ?

Si les conditions prévues par la loi ne sont pas réunies, la solution consiste à s’appuyer sur un contrat pensé pour la location temporaire plutôt que de chercher à contourner la durée du bail d’habitation.

Par exemple, le bail mobilité peut être une bonne option. Destiné aux locataires en déplacement professionnel ou étudiant, il permet de louer un logement meublé pour une durée de 1 à 10 mois, sans reconduction possible.

Pour le propriétaire, l’intérêt est double : la période d’engagement reste limitée et la reprise du logement est plus simple à organiser, une fois l’échéance atteinte.

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