Charges locatives : vos droits et justificatifs à demander

Paul Anthonioz
mis à jour le
Partager sur
FacebookTwitterLinkedin

Factures d’eau, entretien de l’ascenseur, chauffage collectif… chaque année, les charges locatives s’ajoutent au loyer, mais leur calcul reste souvent opaque pour le locataire. Justificatifs à demander en cas de doute, régularisation, charges récupérables, délais et recours si le bailleur ne répond pas… tout savoir sur les charges locatives en tant que locataire.

Image
Charges locatives : le locataire peut-il exiger des justificatifs ?
Charges locatives : demander les justificatifs (droits locataire). © Getty Images
Sommaire

Charges locatives : définition et charges récupérables

Les charges locatives, aussi appelées « charges récupérables », sont des sommes que le propriétaire peut demander au locataire, en plus du loyer.  Le plus souvent, elles sont réglées sous forme de provisions que le locataire verse chaque mois.

Charges locatives : ce que le bailleur peut refacturer

Les charges locatives correspondent à certaines dépenses liées à l’usage du logement ou des parties communes de l’immeuble. Ces charges sont listées par le décret n° 87-713 du 26 août 1987. Il s’agit des dépenses liées aux ascenseurs et monte-charges, l’eau froide, l’eau chaude et le chauffage collectif, certaines dépenses liées à l’entretien des parties communes de l'immeuble (électricité, minuterie…), les installations individuelles (chauffage et production d'eau chaude, distribution d'eau dans les parties privatives, etc.), les espaces extérieurs (voies de circulation, aires de stationnement, abords des espaces verts, équipements de jeux pour enfants…), les taxes et redevances (Taxe ou redevance d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM), taxe de balayage, redevance assainissement, etc.) ainsi que le salaire de l’employé d'immeuble, du gardien ou du concierge, sous certaines conditions.

Le locataire doit payer l'électricité utilisée dans le logement qu’il occupe. Il doit souscrire un abonnement auprès d'un fournisseur.

Régularisation des charges locatives : comment ça fonctionne ?

Une fois par an, le bailleur effectue une régularisation des charges. Il compare alors les provisions pour charges versées et les dépenses réellement engagées. Si le locataire a trop payé, le propriétaire-bailleur doit rembourser la différence. À l’inverse, s’il n’a pas versé assez d’argent, un complément peut lui être demandé. Mais que se passe-t-il si les montants réclamés paraissent opaques ou trop élevés ? Le locataire peut-il exiger des justificatifs pour vérifier le détail des sommes demandées ? Voici ce que prévoit la réglementation.

Provisions, décompte, fréquence

La loi est claire : les charges récupérables ne peuvent être demandées que sur justification (article 23 de la loi du 6 juillet 1989). Autrement dit, le propriétaire doit être en mesure d’expliquer les sommes qu’il réclame.

Un mois avant la régularisation annuelle, il doit adresser au locataire un décompte par nature de charges (eau, chauffage, entretien, etc.). Dans un immeuble collectif, il doit aussi préciser le mode de répartition entre les différents locataires.

Point important : les pièces justificatives (factures, contrats d’entretien, avis de taxe d’enlèvement des ordures ménagères…) doivent être mises à disposition du locataire pendant 6 mois après l’envoi du décompte. Enfin, depuis le 1er septembre 2015, le bailleur doit également transmettre au locataire, s’il en fait la demande, un récapitulatif des charges du logement, par courrier ou par voie dématérialisée.

Justificatifs : comment les demander et les consulter ?

Mail et courrier, délais, preuves à garder

En pratique, le locataire peut d’abord solliciter son propriétaire à l’amiable, par mail ou par courrier simple, en lui demandant d’envoyer les justificatifs. En l’absence de réponse, il peut envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception. Ce courrier permet de formaliser la demande et de rappeler au bailleur ses obligations légales. Mieux vaut alors préciser quels sont les justificatifs souhaités : factures d’eau, appels de charges de copropriété, mode de calcul, etc.

En cas de refus ou d’erreur de charges locatives : que faire ?

Étapes amiables puis recours

En cas d’erreur de charges locatives ou de refus du propriétaire du logement loué de vous fournir le justificatif des charges, la première étape est de lui demander des explications. Adressez-lui un courrier (idéalement en recommandé avec accusé de réception), en précisant les sommes contestées et en demandant la communication des justificatifs. Si les réponses ne vous convainquent pas ou restent insuffisantes, vous pouvez saisir gratuitement la Commission Départementale de Conciliation (CDC). Cette instance aide locataires et propriétaires à trouver un accord amiable.

En dernier recours, il est possible de saisir le juge des contentieux de la protection. Le locataire dispose d’un délai de 5 ans pour contester des charges indûment perçues et demander leur remboursement. Même en cas de désaccord sur le montant des charges locatives, il est fortement déconseillé d’arrêter de payer les provisions sur charges. Cela pourrait être assimilé à un défaut de paiement.

Même en cas de désaccord sur le montant des charges locatives, il est fortement déconseillé d’arrêter de payer les provisions sur charges. Cela pourrait être assimilé à un défaut de paiement.

Checklist locataire : maîtriser vos charges locatives

  1. Vérifiez l’éligibilité : Assurez-vous que seules les charges du décret de 1987 (eau, entretien, ordures, ascenseur) vous sont facturées. Les grosses réparations et les honoraires de syndic restent au propriétaire.
  2. Exigez le décompte annuel : Un mois avant la régularisation, le propriétaire-bailleur doit fournir un détail par nature et le mode de répartition en immeuble collectif.
  3. Consultez les pièces justificatives : Factures, contrats d’entretien et avis de taxes doivent être tenus à votre disposition pendant 6 mois suivant l’envoi du décompte. Demandez-les par écrit si nécessaire.
  4. Contrôlez la régularisation : Comparez provisions versées et dépenses réelles. Un trop-perçu doit être remboursé… mais un complément peut être réclamé si justifié.
  5. Agissez en cas d’erreur : Contestez d’abord à l’amiable (courrier recommandé), puis saisissez la Commission Départementale de Conciliation. En dernier recours, le juge peut être sollicité sous 5 ans.
  6. Ne bloquez pas les paiements : Même en cas de litige, continuez de verser les provisions pour éviter un impayé de loyer.

En suivant cette checklist, vous garantissez la transparence et le respect de vos droits face à des facturations parfois opaques.

FAQ : Les questions fréquemment posées concernant les charges locatives

Quelles charges locatives sont récupérables sur le locataire ?

Seules les charges récupérables fixées par décret (entretien, eau, ordures) sont refacturables au locataire. Le propriétaire-bailleur assume les grosses réparations et les honoraires du syndic. Toute erreur de qualification expose à remboursement. La rigueur dans les décomptes est cruciale. En effet, une approximation suffit à fragiliser la position du bailleur face aux contestations de charges locatives.

Le locataire peut-il exiger les justificatifs des charges ?

Oui, le locataire peut exiger des justificatifs pour vérifier les charges récupérables, qui sont limitées par décret. Basées sur l’année précédente, les charges locatives se régularisent à chaque anniversaire du bail. Cela peut entraîner un remboursement si les provisions étaient trop élevées, ou une facture complémentaire si les dépenses réelles dépassent les estimations.

Pendant combien de temps les justificatifs doivent-ils être disponibles ?

Le délai de consultation des justificatifs de charges locatives est de 6 mois suivant l'envoi du décompte. Durant cette période, le propriétaire-bailleur ou l'agence immobilière en charge du logement, doit tenir à la disposition du locataire l'ensemble des documents justificatifs relatifs aux charges locatives.

Que faire si le bailleur refuse de fournir le détail des charges ?

En cas de refus du propriétaire-bailleur de vous fournir le détail des charges locatives, demandez l'état détaillé par écrit, contactez une association de locataires ou la Commission Départementale de Conciliation (CDC), puis, en dernier recours, saisissez le juge des contentieux de la protection. Vous pouvez aussi contester le montant lors du renouvellement du bail ou de la restitution du dépôt de garantie.

Estimez le loyer de votre bien
Cet article vous a été utile ?
48
1

Pouvez-vous nous préciser pourquoi ? (facultatif)

Partager sur
FacebookTwitterLinkedin
Télécharger l'app SeLoger
Ces articles peuvent vous intéresser
A la une !