Le maire peut-il réglementer l’affichage sur les propriétés privées ?

Morgane Jacquet
Partager sur
FacebookTwitterLinkedin

Des panneaux et banderoles apparaissent parfois sur les murs, clôtures ou encore terrains privés de certains propriétaires. Nombre d'entre eux pensent légitimement être libres de disposer de leur terrain comme ils l’entendent, mais est-ce vraiment le cas ? On vous dit tout !

Image
Vue sur une belle villa avec terrain
Contrairement aux idées reçues, le fait qu’un panneau publicitaire soit installé sur votre terrain privé ne vous soustrait pas au contrôle des autorités. ©Getty Images
Sommaire

Un cadre national strict : le critère absolu de la « visibilité »

Contrairement à une idée reçue, le fait qu’un panneau soit installé chez vous ne vous soustrait pas au contrôle des autorités. En effet, le Code de l'environnement fixe un cadre national, qui s'applique dès lors que deux conditions cumulatives sont remplies :

  • Le critère de visibilité : le dispositif doit être visible depuis une voie publique ou une voie privée ouverte à la circulation publique (qu'elle soit piétonne, cyclable ou automobile). Peu importe donc que le support soit ancré dans un jardin privé ou sur un bâtiment communal.
  • La nature du dispositif : l'affichage doit entrer dans l'une des trois catégories définies par l'article L. 581-3 du Code de l'environnement :

    - La publicité : toute inscription, forme ou image destinée à informer le public ou à attirer son attention (ce qui inclut les panneaux publicitaires lucratifs, mais aussi les banderoles d'opinion d'un citoyen).

    - L'enseigne : l'inscription apposée sur un immeuble où s'exerce l'activité signalée.

    - La préenseigne : l'inscription indiquant la proximité d'un immeuble où s'exerce une activité.

N'hésitez pas à vous rapprocher de votre mairie pour vous renseigner sur les formalités à accomplir avant d’installer votre dispositif publicitaire.

Sur votre propriété privée, et si vous êtes situé en agglomération, la publicité non lumineuse ou simplement éclairée est admise, sous réserve d'obtenir l'autorisation écrite du propriétaire et de respecter des règles strictes de surface et d'emplacement (article L. 581-9). De plus, les installations de ce type  – murales ou scellées au sol – sont presque toutes soumises à une déclaration préalable obligatoire en mairie. Seules les préenseignes de dimensions modestes (moins de 1 m de hauteur et 1,5 m de largeur) en sont dispensées.

Le règlement local de publicité (RLP) : le pouvoir du maire

Si le Code de l'environnement pose les bases nationales, le maire dispose d'un outil juridique puissant pour durcir ces règles, en fonction des spécificités de son territoire : le règlement local de publicité (RLP). Ce document peut être élaboré directement par la commune ou par l'intercommunalité (EPCI) compétente en urbanisme.

Grâce au RLP, la municipalité peut adapter la réglementation nationale et imposer, zone par zone, des mailles beaucoup plus serrées : réduction des surfaces maximales des panneaux, interdiction de certains types de supports scellés au sol, encadrement strict des hauteurs ou limitation de la densité des dispositifs.

Rapprochez vous de votre mairie pour prendre connaissance du RLP et des éventuelles restrictions en matière de publicité sur le périmètre de votre habitation.

Les prérogatives du maire connaissent les limites suivantes :

  • Le RLP ne peut jamais instaurer une interdiction générale et absolue de la publicité sur l'ensemble du territoire communal, au nom du respect de la liberté d'expression (article L. 581-1).
  • Il ne peut pas introduire de discriminations, par exemple, en interdisant la publicité pour certaines catégories d'entreprises ou en ciblant spécifiquement les artisans locaux.

Une police de l'affichage désormais entre les mains du maire

Pendant longtemps, les compétences en matière de police de la publicité ont été partagées de façon complexe entre le préfet et le maire. Le maire n'était compétent que si sa commune avait adopté un RLP.

Cette distinction a disparu depuis la loi du 22 août 2021 – dite loi « Climat et Résilience » –, qui a pleinement transféré la police de la publicité au maire, que la commune dispose ou non d'un RLP. C'est donc le maire qui instruit les déclarations préalables et veille au respect des interdictions.

À ce titre, les contrôles peuvent être stricts. Par exemple, l'article R. 581-22 du Code de l'environnement interdit formellement d'apposer une publicité sur une clôture qui n'est pas « aveugle », comme un grillage ou une haie claire claire-voie. 

En cas d'infraction constatée sur votre propriété privée, le maire peut vous mettre en demeure de supprimer le panneau sous 5 jours. En cas de non-respect, vous pourriez subir une astreinte financière par jour de retard, en plus d'une contravention de 4e classe.

Références juridiques

  • Code de l'environnement : Articles L. 581-1, L. 581-3, L. 581-9, L. 581-14, L. 581-27, L. 581-30, R. 581-22 et R. 581-87
  • Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (art. 17) : transfert de la police de la publicité aux maires.
  • Réponse Ministérielle (Transition écologique) : Question écrite n° 00730 publiée le 12/12/2024
  • Guide pratique officiel : Réglementation des publicités, enseignes et préenseignes disponible sur le site du Ministère de la Transition écologique
Déposez votre annonce de location sur SeLoger
Cet article vous a été utile ?
0
0

Pouvez-vous nous préciser pourquoi ? (facultatif)

Partager sur
FacebookTwitterLinkedin
Télécharger l'app SeLoger
Ces articles peuvent vous intéresser
A la une !