Qu'est-ce que je risque si je vends en dessous du prix du marché ?

Vincent Cuzon
mis à jour le
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Vendre son appartement ou sa maison en dessous du prix du marché peut sembler tentant pour aider un proche ou accélérer la transaction. Pourtant, cette pratique comporte des risques fiscaux et juridiques. L’administration fiscale peut notamment remettre en cause une vente sous-évaluée. Avant de fixer votre prix de vente en dessous du marché, découvrez les risques à connaître et les précautions à prendre.

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Vente immobilière sous prix du marché
Une vente immobilière sous-évaluée peut entraîner un redressement fiscal si le prix déclaré ne correspond pas à la valeur réelle du bien. © Getty Images
Sommaire

Vendre en dessous du prix du marché : quels sont les risques ?

L'évaluation est une étape cruciale dans le processus de vente d'un bien immobilier : un bien surévalué trouvera difficilement acquéreur, tandis qu'un logement sous-estimé pourra faire perdre de l'argent au vendeur et attirer l'attention de l'administration fiscale. Les principaux risques liés à une vente en dessous du prix du marché sont de trois ordres : le risque fiscal, le risque de voir s'exercer un droit de préemption et le risque de requalification en donation déguisée.

En effet, si un propriétaire souhaite vendre un bien immobilier sous-estimé à un ami ou à un membre de sa famille, l'opération peut susciter des interrogations de la part de l'administration fiscale. Celle-ci peut notamment remettre en cause la valeur déclarée et calculer les droits dus sur la valeur vénale réelle du bien.

Il existe par ailleurs plusieurs types de droits de préemption (droit de préemption urbain, droit de préemption de la SAFER pour les terres agricoles, droit de préemption du locataire en cas de vente), chacun avec ses conditions d'application spécifiques. L'administration fiscale peut également réclamer au propriétaire le paiement des droits d'enregistrement sur la valeur réelle de la maison ou de l'appartement, c'est-à-dire sur la valeur vénale du bien. Les services fiscaux peuvent aussi considérer qu'une partie de l'opération constitue une donation déguisée et réclamer les droits de donation correspondants.

Comment l'administration fiscale contrôle-t-elle le prix d'une vente immobilière ?

L'administration fiscale dispose de différents outils pour évaluer la valeur des biens immobiliers, notamment la base de données DVF (Demande de valeurs foncières), qui recense les transactions immobilières réalisées en France. Elle peut comparer le prix déclaré avec celui de biens présentant des caractéristiques similaires dans le même secteur. Le délai de prescription applicable aux droits d'enregistrement varie selon les situations : il est donc préférable de ne pas considérer qu'un contrôle est exclu quelques années après la vente.

Conseil SeLoger

Pour bien estimer le prix au m² de votre logement, consultez les prix pratiqués dans votre commune. Un professionnel de l'immobilier (agent immobilier ou expert immobilier) pourra vous aider à fixer un prix correspondant à la valeur de votre bien, en tenant compte de ses caractéristiques et de son environnement. Faire appel à un professionnel est facultatif, mais vivement conseillé pour limiter les risques liés à une mauvaise évaluation.

Pourquoi vendre un bien immobilier en dessous du prix du marché ?

Les raisons d'une vente en dessous du prix du marché sont multiples. La situation personnelle du vendeur joue souvent un rôle déterminant : urgence financière, divorce, succession, départ à l'étranger ou nécessité de liquider rapidement un patrimoine. D'autres vendeurs font le choix délibéré de favoriser un proche, dans une optique de soutien familial ou amical. Dans ces cas, il convient d'anticiper les conséquences fiscales plutôt que de les découvrir face à un redressement fiscal.

Quelle que soit la raison, une stratégie de vente à un prix inférieur à celui du marché doit être préparée avec l'aide d'un notaire, qui peut vous informer des risques de requalification et des conséquences fiscales de l'opération. En cas de sous-estimation volontaire, il peut être nécessaire de justifier le prix de vente par des éléments objectifs (travaux importants à réaliser, emplacement géographique défavorable, absence d'emplacement de stationnement…).

Sous-estimation d'un bien immobilier dans une succession : quelles conséquences ?

Dans le cadre d'une succession, les héritiers doivent évaluer les biens immobiliers qui la composent à leur valeur vénale au jour du décès. Néanmoins, s'il s'agit de la résidence principale du défunt, un abattement de 20 % peut être appliqué sous certaines conditions, notamment lorsque le logement est occupé au jour du décès par le conjoint survivant, le partenaire lié par un Pacs ou certains enfants mineurs. Des abattements fiscaux spécifiques existent selon la situation familiale : il est recommandé de les vérifier avec un notaire. Cet abattement ne s'applique pas si la maison a été transmise par donation et si elle était occupée par le donateur. Si le bien est loué, une décote peut également être admise, selon les conditions de la location en cours.

Néanmoins, en cas de sous-estimation, les héritiers s'exposent à un redressement fiscal. En cas de revente rapide, s'ils vendent le bien à un prix supérieur à celui indiqué dans la déclaration de succession, la plus-value immobilière est en principe calculée à partir de la valeur déclarée lors de la succession, ce qui peut augmenter l'impôt dû sur la plus-value. D'autre part, s'ils décident de déposer une déclaration rectificative pour régulariser les droits de succession, ils peuvent s'exposer à des intérêts de retard et, selon les circonstances, à des pénalités. Le délai de prescription applicable aux droits de succession dépend notamment de la situation et de la nature des omissions constatées.

Comment estimer correctement le prix de vente de son logement ?

Fixer correctement le prix de vente de son logement est indispensable pour attirer les acheteurs potentiels les plus sérieux et vendre dans de bonnes conditions, tout en limitant les risques fiscaux liés à une sous-évaluation. Plusieurs données et critères sont à prendre en compte pour calculer la valeur vénale de votre bien immobilier :

  • l'emplacement géographique : c'est souvent le critère numéro un. L'emplacement précis dans un quartier, la vue, l'ensoleillement et la proximité des commerces, des transports et des établissements scolaires influencent directement l'attractivité du bien ;
  • la superficie et la distribution des pièces ;
  • l'état général, la décoration et les améliorations réalisées (rénovation, mise aux normes…) ;
  • les équipements présents : garage, piscine, terrasse, jardin…

Pour identifier la juste valeur de votre bien immobilier, commencez par analyser les offres disponibles en ligne et consultez les sites d'annonces afin de comparer les prix pratiqués dans votre secteur. Identifiez le prix moyen du mètre carré, puis affinez votre estimation selon les caractéristiques propres à votre logement. Une surcote peut s'appliquer si votre bien présente des atouts particuliers (vue exceptionnelle, piscine, terrasse…). À l'inverse, une décote peut être justifiée en cas de travaux importants à réaliser ou d'un emplacement moins attractif. Un futur acheteur sérieux vérifiera ces éléments avant de faire une offre et comparera les biens similaires disponibles sur le marché.

Des solutions existent pour estimer votre bien de façon objective : faire appel à un expert immobilier, consulter la base DVF disponible en ligne ou solliciter plusieurs agences pour obtenir des estimations comparatives. Cette première étape est nécessaire avant toute négociation.

Bon à savoir

Dans le cadre d'une succession, les héritiers peuvent être tentés de sous-estimer le bien immobilier pour payer moins de droits. Mais l'avantage fiscal à court terme est souvent contrebalancé par les risques de redressement. Pour rassurer les acheteurs potentiels et justifier une vente à un prix légèrement inférieur au marché, l'accompagnement d'un notaire ou d'un avocat fiscaliste est recommandé : ces professionnels peuvent vous aider à identifier les solutions légales adaptées à votre situation tout en respectant vos obligations fiscales.

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