Reprendre une activité existante est plus simple que de créer une entreprise, en partant de zéro. Mais un particulier peut-il acheter un fonds de commerce ? La réponse est oui, sous conditions. Décryptage.

Qu’est-ce qu’un fonds de commerce ?
Un fonds de commerce désigne l’ensemble des éléments indispensables à l’exploitation d’une activité. Il comprend :
- des éléments corporels : matériel, machines, mobilier, stocks, outils…,
- des éléments incorporels : clientèle, nom commercial, enseigne, droit au bail, licences, brevets, marque et logo, droits de propriété intellectuelle…
En revanche, le local dans lequel l’activité est exercée ne fait pas partie du fonds de commerce. Ce qui est transmis, c’est uniquement le droit au bail, c’est-à-dire le droit d’occuper les lieux aux conditions prévues par le bail commercial.
Si le vendeur possède à la fois le fonds de commerce et les murs, il doit réaliser deux transactions séparées : d’un côté, la vente du fonds, de l’autre, celle du local.
Un particulier peut-il acheter un fonds de commerce ?
En tant que particulier, vous pouvez acheter un fonds de commerce, si vous avez la capacité juridique pour cela, autrement dit, si vous avez le droit de signer un contrat et de gérer une activité en votre nom. Cela signifie que vous n’êtes pas sous tutelle/curatelle, ni sous le joug d’une interdiction de gérer une entreprise par un tribunal administratif ou commercial.
Ainsi, peuvent devenir propriétaires d’un fonds de commerce :
- les majeurs,
- les mineurs émancipés,
- les sociétés et associations.
Un particulier peut donc acheter un fonds de commerce et exercer son activité, s’il correspond aux critères édictés par la loi.
Les mineurs émancipés peuvent créer ou reprendre une entreprise. En revanche, s'ils veulent devenir commerçants, ils doivent obtenir une autorisation du juge ou du président du tribunal pour exercer.
Qui peut exploiter un fonds de commerce ?
Être propriétaire d’un fonds de commerce ne suffit pas pour le faire tourner. Pour l’exploiter, vous devez être immatriculé au registre du commerce et des sociétés (RCS) et, selon l’activité, obtenir les licences ou autorisations nécessaires.
L’exploitation passe aussi par le choix d’un statut juridique. Vous pouvez opter pour :
- une entreprise individuelle (y compris micro-entreprise), pour les petites structures,
- une société (SARL, EURL, SAS, SASU…) afin de protéger votre patrimoine.
En revanche, certaines professions n'ont pas le droit de cumuler leur statut avec celui de commerçant.
C’est le cas des fonctionnaires, des officiers ministériels (notaires, huissiers, greffiers) ou encore des professions libérales réglementées (avocats, médecins, architectes). En clair, si vous exercez l’une de ces professions, vous ne pouvez pas exploiter un fonds de commerce dans le même temps.
Pourquoi acheter un fonds de commerce en tant que particulier ?
Acheter un fonds de commerce en tant que particulier présente plusieurs avantages par rapport à la création d’un commerce en partant de zéro :
- Une clientèle déjà constituée et une notoriété installée ;
- Des employés formés et des fournisseurs fiables ;
- Des process internes rodés, qui limitent les aléas du démarrage.
C’est une manière de gagner du temps et de réduire certains risques.
En revanche, le coût d’acquisition est plus élevé, sans oublier que la réussite de l’opération dépend largement de l’analyse préalable du fonds de commerce et de sa rentabilité. Pensez à vous faire accompagner par un spécialiste de la cession et reprise d’entreprise, au besoin.
Dans certains cas, la reprise d’un fonds de commerce peut donner accès à des aides publiques ou régionales. Ces dispositifs visent à soutenir l’entrepreneuriat et à maintenir les commerces de proximité. Pour savoir si vous êtes éligible, renseignez-vous auprès de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de votre département.
Combien coûte l’acquisition d’un fonds de commerce ?
Le coût d’un fonds de commerce dépend de son prix de vente, qui n’est pas fixé au hasard. Il est évalué à partir de plusieurs critères :
- Le chiffre d’affaires moyen des trois dernières années ;
- La rentabilité réelle de l’entreprise (excédent brut d’exploitation ou EBE) ;
- L’emplacement du commerce et sa notoriété ;
- Les éléments transmis (matériel, droit au bail, licences, clientèle…).
En pratique, la valeur est souvent calculée, en appliquant un coefficient multiplicateur au chiffre d’affaires ou à l’EBE, coefficient qui varie selon le secteur d’activité.
À ce prix d’achat s’ajoutent divers frais annexes, comme :
- la taxe de publicité foncière, comprise entre 3 % et 5 % du prix, selon les tranches,
- les éventuels frais de notaire,
- les frais d’agence, en cas d’intermédiaire,
- les frais de création d’une société.
La présence d’un notaire n’est pas obligatoire pour la cession d’un fonds de commerce, mais son intervention est vivement recommandée. Il sécurise la transaction et s’occupe des formalités. Vous pouvez aussi vous tourner vers un avocat, qui défendra uniquement vos propres intérêts.
Et pourquoi pas louer un fonds de commerce ?
Si vous hésitez à acheter un fonds de commerce en tant que particulier, sachez qu’il existe une alternative : la location-gérance, aussi appelée « gérance libre ».
Ce contrat permet au propriétaire du fonds de confier son exploitation à un locataire-gérant, qui le dirige à ses risques et périls, en échange du paiement d’une redevance.
Cette formule présente des avantages pour les deux parties :
- Pour le propriétaire, elle assure un revenu, tout en maintenant son fonds en activité ;
- Pour le locataire-gérant, elle permet de se mettre à son compte, sans engager immédiatement les frais liés à l’achat d’un fonds de commerce. C’est aussi une façon de tester la viabilité d’une entreprise avant de la racheter éventuellement.
Pour être valable, le contrat de location-gérance suppose certaines conditions :
- Le locataire-gérant doit avoir la capacité juridique d’exercer, être immatriculé au registre du commerce, et s’engager à respecter la destination du fonds ;
- Le propriétaire doit – s’il est locataire des murs – obtenir l’accord exprès du bailleur, si le bail commercial impose une exploitation personnelle.
Acheter un fonds de commerce est donc possible pour un particulier, mais demande préparation et accompagnement. Et si vous n’êtes pas prêt à franchir le pas, la location-gérance peut être une excellente porte d’entrée pour tester votre projet avant de vous lancer définitivement.
Bonne nouvelle : depuis la loi du 19 juillet 2019, il n’est plus nécessaire d’avoir exploité soi-même un fonds pendant deux ans avant de le mettre en location-gérance.
Pouvez-vous nous préciser pourquoi ? (facultatif)