Rétractation du vendeur : est-elle possible après un compromis de vente ?

Blandine Rochelle
mis à jour le
Partager sur
FacebookTwitterLinkedin

Vendre un bien immobilier est une étape importante, qui engage fortement le vendeur dès l’acceptation de l’offre d’achat. L’acheteur, lui, bénéficie d’un délai de rétractation de 10 jours après la signature du compromis de vente : le vendeur dispose-t-il du même droit ? Cette question revient souvent chez les propriétaires qui découvrent les différentes étapes de la vente. Voici ce que prévoit la loi et les rares situations qui permettent malgré tout au vendeur de se dégager de son engagement.

Image
Signature Contrat
Le vendeur ne peut se rétracter ni après l'acceptation de l'offre d'achat, ni après la signature du compromis de vente. © Rob Daly – Getty Images
Sommaire
Estimer gratuitement votre bien en 2 min

Le vendeur est libre tant qu’il n’a pas accepté l’offre d’achat

Une offre d’achat immobilier est un document permettant à l’acquéreur de s’engager sur l’acquisition d’un logement et de le réserver. Concrètement, en réalisant ce document, l’acquéreur indique sa volonté d’acquérir le bien concerné au prix affiché ou à un prix inférieur. L’offre d’achat doit comprendre différents renseignements : coordonnées de l’acheteur, description du bien, prix proposé pour l’achat, financement prévu, modalités de réponse du vendeur et durée de validité de l’offre. Celle-ci est généralement comprise entre 5 et 10 jours. Sans réponse du vendeur dans le délai imparti, l’offre d’achat est considérée comme caduque.

À ce stade, le propriétaire-vendeur étudie l’offre d’achat reçue et reste parfaitement libre de la refuser si elle ne lui convient pas, et ce même si l’offre est au prix affiché dans l’annonce. En effet, contrairement à une idée reçue, il ne suffit pas d’être le premier acheteur à formaliser une offre au prix pour que le propriétaire soit engagé à vendre le bien immobilier. En réalité, le vendeur prend en compte l’ensemble des conditions de l’offre d’achat (apport, crédit immobilier, clauses suspensives…) pour prendre sa décision.

Pour mettre toutes les chances de son côté, chaque acheteur potentiel doit donc être le plus précis possible : s’il finance son projet à l’aide d’un crédit immobilier, il a tout intérêt à indiquer qu’une simulation de prêt a déjà été effectuée auprès d’une ou plusieurs banques. Avant de signer, il est également recommandé de vérifier que les diagnostics immobiliers obligatoires du logement (DPE, amiante, électricité, entre autres) ont bien été communiqués, car ils font partie des pièces attendues dans le dossier.

Si le vendeur a accepté l’offre d’achat, il ne peut pas se rétracter

Lorsque la signature d’un compromis de vente est prévue, elle a en général été précédée d’une offre d’achat formulée par l’acheteur. Dans la plupart des cas, à la suite de la visite d’un logement en vente, l’acquéreur formule une offre d’achat écrite au vendeur, dans laquelle il propose d’acheter le bien à un certain prix. Le vendeur peut refuser ou accepter cette offre, mais n’est engagé envers l’acheteur qu’à partir du moment où il y répond favorablement.

Lorsque vous, en tant que vendeur, avez accepté une offre d’achat, que le prix soit celui affiché ou inférieur, votre engagement devient ferme et définitif : c’est à partir de cette acceptation que la vente est considérée comme « parfaite » et que vous êtes tenu de céder votre bien à l’acquéreur. Il est important de préciser une idée reçue tenace : contrairement à ce que l’on entend parfois, même si un acheteur formule une offre au prix de vente affiché, vous n’êtes pas automatiquement engagé « par défaut ». La loi vous laisse la liberté de choisir votre cocontractant et d’examiner l’ensemble des conditions de l’offre (plan de financement, clauses, garanties apportées) avant de vous lier : votre engagement ne naît que de votre propre consentement explicite, et non de la simple conformité de l’offre au prix demandé. Ce principe découle de l’article 1103 du Code civil, qui pose la force obligatoire des contrats une fois le consentement des deux parties réuni.

Un compromis de vente ne doit pas être confondu avec la promesse unilatérale de vente, un autre avant-contrat où seul le vendeur s’engage : l’acheteur y verse alors une indemnité d’immobilisation, généralement plus élevée que le dépôt de garantie versé lors d’un compromis, en contrepartie du temps de réflexion qui lui est accordé. Le notaire, lorsqu’il intervient dans la rédaction de l’acte, veille à la cohérence des clauses retenues et à la bonne information des deux parties.

Bon à savoir

L’acheteur bénéficie d’un délai de rétractation de 10 jours pour annuler son engagement à partir de la signature du compromis de vente.

Rétractation du vendeur après la signature du compromis de vente

Si l’acheteur bénéficie d’un délai de 10 jours après la signature du compromis de vente pour revenir sur sa décision, le vendeur n’a pas cette possibilité. Il reste engagé envers l’acquéreur et doit mener la transaction à son terme, sans possibilité de se dégager de son engagement. La signature du compromis de vente est donc un engagement ferme et définitif pour le vendeur. Il faut donc bien réfléchir au moment de l’offre d’achat avant de l’accepter.

Infographie : Le compromis de vente

Les clauses suspensives : la porte de sortie légale du vendeur

Le compromis de vente contient presque toujours des conditions suspensives, c’est-à-dire des dispositions qui doivent se réaliser pour que la vente devienne définitive. La plus fréquente concerne l’obtention du prêt immobilier par l’acheteur : dans l’éventualité où le financement serait refusé par les banques dans le délai prévu, le compromis devient caduc et libère les deux parties, sans pénalités pour le vendeur ni pour l'acquéreur. D’autres clauses suspensives portent sur l’absence de droit de préemption de la mairie, l’obtention d’un permis de construire ou encore l’absence de servitude non déclarée grevant le bien.

Ce cadre légal profite autant au vendeur qu’à l’acheteur : si l’une des conditions suspensives n’est pas levée dans les délais fixés par le compromis, aucune des deux parties n’est responsable de la situation, et le vendeur peut alors chercher un nouvel acquéreur sans crainte de poursuites. C’est en pratique l’une des seules portes de sortie légales dont dispose le vendeur, avec la résiliation amiable et la voie judiciaire présentées plus bas.

Comment le vendeur peut-il se rétracter après la signature du compromis ?

Bien que le vendeur ne dispose pas d’un droit de rétractation au même titre que l’acheteur, il peut envisager une résiliation à l’amiable dans un premier temps, ou une résiliation par la voie judiciaire si l'acquéreur a manqué à ses obligations. Deux voies bien distinctes, dont les étapes et les conséquences diffèrent nettement pour chacune des parties.

Compromis de vente : l’annulation par la voie amiable

Puisque le vendeur ne peut se rétracter unilatéralement, il peut proposer à l’acheteur une résiliation du compromis de vente à l’amiable. Les deux parties discutent alors des éventuelles conditions de cette annulation. Si l'acquéreur accepte, la résiliation a un effet rétroactif : les sommes versées au moment de la signature au titre du dépôt de garantie doivent faire l’objet d’une restitution intégrale. Notez que, malgré la résiliation de la vente, les frais de notaire restent en revanche dus dans certains cas : si aucune des conditions suspensives mentionnées dans le compromis n’aurait permis d’annuler la vente, celle-ci est alors considérée comme parfaite et le notaire, qui a déjà engagé des démarches pour la cession du bien, pourra réclamer ces frais même si la vente n’a finalement pas lieu.

Opter pour une résiliation amiable est une solution pertinente, mais elle doit être menée avec rigueur. Un simple accord verbal, même sincère, ne suffit pas à annuler légalement un engagement aussi lourd que celui du compromis de vente. Pour éviter tout risque juridique et garantir la transparence face à l’administration fiscale, il est nécessaire de formaliser cette annulation par un document écrit, signé par les deux parties et détaillant les modalités de restitution des sommes versées. La notification de cet accord au notaire, qui procédera alors à la restitution des sommes placées sous séquestre, est également indispensable. Faire appel au notaire à cette étape est fortement recommandé : son intervention garantit la légalité de la démarche, protège les intérêts de chacun et assure une clôture nette d’une transaction qui, finalement, n’aura pas abouti.

L’annulation du compromis de vente par la voie judiciaire

Le vendeur peut demander l’annulation du compromis de vente si l’acheteur a manqué à l’une de ses obligations contractuelles, par exemple en ne réglant pas le dépôt de garantie ou en refusant de signer l’acte définitif sans motif légitime. Ces obligations sont mentionnées dans le compromis et peuvent légitimer la démarche du vendeur. La procédure, qui peut être longue, doit être précédée d’une mise en demeure : le vendeur adresse à l’acheteur défaillant une lettre recommandée l’invitant à régulariser la situation dans un délai donné.

À l’inverse, si c’est le vendeur qui refuse de vendre alors qu’aucune clause suspensive ne le justifie, l'acquéreur dispose de recours sérieux. Il peut notamment demander l’exécution forcée de la vente devant le tribunal, c’est-à-dire contraindre le vendeur à signer l’acte authentique et à céder son bien immobilier. Le vendeur défaillant peut également être condamné à verser des dommages et intérêts à l’acheteur, en réparation du préjudice subi (frais engagés, perte de chance…). De nombreux compromis prévoient en outre une clause pénale, souvent fixée autour de 10 % du prix de vente, que le vendeur devra verser à l'acquéreur en cas de désengagement fautif.

Selon les Notaires de France, la clause pénale est aujourd’hui quasi systématique dans les compromis rédigés par un professionnel. À la différence de cette clause, qui sanctionne un manquement, la clause de dédit, plus rare en matière immobilière, permettrait à une partie de se rétracter contre le versement d’une somme fixée à l’avance. Elle doit alors être expressément prévue dans le compromis. Compte tenu des enjeux financiers, le recours à un avocat spécialisé en droit immobilier est vivement recommandé dès les premiers signes de litige.

Bon à savoir

En cas de résiliation amiable, le vendeur et l’acheteur doivent formaliser leur accord par écrit et en informer le notaire, faute de quoi l’administration fiscale pourrait considérer l’opération comme irrégulière.

Quid de la rétractation de l’acquéreur ?

Pour l’acquéreur, les choses sont un peu différentes. Pour rappel, ce dernier bénéficie d’un délai de rétractation légal de 10 jours à compter de la signature du compromis. Ce délai, porté de 7 à 10 jours par la loi Macron de 2015, lui permet de revenir sur sa décision sans avoir à fournir de justification ni de motif particulier, à condition de respecter les modalités de rétractation applicables. Contrairement au vendeur, l’acheteur peut donc se dégager de son engagement sans pénalité durant le délai imparti, mais il faut savoir à compter de quelle date ce décompte démarre.

Lorsque le compromis est signé entre les deux parties, le notaire ou l’agent immobilier, le cas échéant, remet un exemplaire du contrat en main propre à chacune d’entre elles, à l’adresse indiquée dans l’acte. Le délai de rétractation commence à courir dès le lendemain, à condition que toutes les pièces devant obligatoirement figurer dans le compromis de vente aient bien été fournies à l’acquéreur au plus tard le jour de la signature.

Lorsqu’une ou plusieurs pièces manquent dans le dossier constituant le compromis, le délai de rétractation ne démarre que le lendemain de la communication à l’acquéreur de la ou des pièces manquantes.

Si l’acquéreur décide de se rétracter durant ce délai de 10 jours, il doit adresser au vendeur une lettre recommandée avec accusé de réception, dans laquelle il l’informe de sa volonté d’annuler la vente, conformément aux dispositions légales qui lui en donnent la possibilité, sans avoir à se justifier. Passé ce délai, l’acquéreur est fermement engagé auprès du vendeur et doit poursuivre les démarches d’achat jusqu’à la signature de l’acte de vente définitif chez le notaire.

Notez que lorsque le 10e jour du délai de rétractation tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, la fin du délai est reportée au prochain jour ouvrable. En revanche, les week-ends inclus dans les 10 jours sont comptabilisés normalement dans le décompte : seul le dernier jour bénéficie, le cas échéant, de ce report.

Cas pratiques : les questions que se posent souvent les vendeurs

Le vendeur peut-il accepter une offre plus élevée arrivée après avoir déjà accepté une première offre au prix ?

Non. Dès l’instant où le vendeur a accepté une offre d’achat, il est engagé envers cet acquéreur et ne peut plus se tourner vers un acheteur potentiel proposant un prix supérieur, même si l’offre initiale n’était pas encore actée par un compromis de vente. Revenir sur son accord exposerait le vendeur aux mêmes conséquences qu’une rétractation après compromis.

Le vendeur peut-il se rétracter s’il doute de la capacité de financement de l’acheteur ?

Une fois l’offre acceptée, non, sauf si une clause suspensive liée à l’obtention du prêt figure au compromis et n’est pas levée dans les délais prévus. C’est précisément le rôle des clauses suspensives : anticiper cette éventualité et protéger les deux parties.

Quelle est la différence entre un compromis de vente et une promesse de vente ?

Dans un compromis, les deux parties s’engagent mutuellement, tandis que dans une promesse unilatérale de vente, seul le vendeur s’engage : l’acheteur, lui, verse une indemnité d’immobilisation et conserve la liberté de renoncer à l’achat pendant la durée convenue.

Le vendeur peut-il être aidé par un professionnel en cas de litige ?

Oui. Le notaire, garant de la sécurité juridique de la transaction, peut conseiller les deux parties dès la rédaction du compromis. En cas de désaccord persistant, le recours à un avocat spécialisé en droit immobilier permet d’évaluer les options, amiables ou judiciaires, avant d’engager une procédure.

Cet article vous a été utile ?
18
5

Pouvez-vous nous préciser pourquoi ? (facultatif)

Partager sur
FacebookTwitterLinkedin
Estimer gratuitement votre bien en 2 min
Ces articles peuvent vous intéresser
A la une !
Image
Vendre en indivision - Maria Ziegler @Unsplash
Vendre
Vendre un bien en indivision suppose de composer avec plusieurs propriétaires, des règles précises et parfois des désaccords. Accord, démarches, blocages, frais : voici ce qu’il faut savoir pour...